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Conférence sur le climat à Madrid

Ça y est !   J’ai assisté à ma première conférence sur le climat des Nations Unies.  Six journées particulièrement intenses et fatigantes qui ont rassemblé quelques dizaines de milliers de participants venus de 200 pays partager leur message avec qui voulait les entendre.

Car cela revient en fait à cela : écouter et être entendu.  Tant les experts techniques, qui tentent d’arracher des compromis officiels lors des négociations officielles que les leaders politiques, qui tâchent de concilier des décisions politiques avec des compromis antérieurs.  En outre, dans notre pays, il faut non seulement tenir compte des échelons international (pensons aux accords de la COP21 à Paris) et européen (pensons au Green Deal des présidents Michel et von der Leyen) mais aussi de la complexité de la structure étatique belge qui doit faire coexister la droite flamande (N-VA) avec la gauche wallonne (Ecolo), sachant que la conciliation au fédéral (MR) est impossible puisque les nombreuses réformes de l’Etat ne l’ont pas prévu.

Difficile à dire si l’on peut taxer cette COP de réussite car cela dépend pour qui, et quels sont leurs critères.  Les ONG telles qu’Oxfam, 11.11.11 et la ligue flamande de l’environnement Bond Beter Leefmilieu défendent d’autres intérêts que ceux des leaders de l’industrie des affaires, qui considèrent que le climat et l’économie doivent être conciliables.  Dans ce contexte, il faut oser s’interroger sur la manière dont les rapports quantitatifs et qualitatifs entre les deux groupes se sont établis dans la délégation belge.  Mais une chose est sûre : dans le sillage de Madrid, les deux parties comptent des victimes qui pansent leurs plaies à l’issue de cette semaine.  Il en est de même au niveau ministériel qui n’en est pas sorti indemne.  La presse n’a pas mâché ses mots à propos de l’embrouillamini belge mais a omis d’expliquer l’enjeu de la COP de Madrid à la population : l’article 6 sur les pertes et préjudices et le mécanisme de Varsovie, WIM en abrégé.  Personne ne sait de quoi il en retourne exactement, mais peut-être était-ce un fait exprès ?  Ce n’est qu’à la fin de l’an prochain que les accords de la COP21 de Paris doivent se concrétiser, mais d’ici là se déroulera une autre conférence climatique des Nations Unies, à Glasgow cette fois.

Je ne peux par ailleurs pas m’empêcher de m’interroger sur l’efficacité et l’efficience financière du mode de travail. D’anciennes gloires telles que les anciens vice-présidents John Kerry et Al Gore, l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg (âgé aujourd’hui de 77 ans) et même des acteurs engagés comme Harrison Ford ne manquent certainement pas de mérites historiques mais, en fin de compte, c’est l’actuel président américain qui, à la même époque dans un an, se retirera de l’accord climatique de Paris.  Et les premiers-cités ne pourront rien y changer.  Quels écosystèmes maintiendrait-on, quels intérêts seraient satisfaits et quels objectifs atteints si des nations comme, disons, la Chine, l’Arabie Saoudite et la Russie ne s’engageaient pas ?  Ou si la navigation et l’aviation n’inscrivaient pas leurs objectifs carbones dans un cadre global ?  Cela m’échappe.

Du point de vue de l’expérience et du réseautage, un tel cirque international est une vraie mine d’or.  Les contacts quotidiens dès le petit-déjeuner à l’hôtel de la délégation jusqu’au dîners dans la capitale espagnole forment le ciment de rapports de confiance sur lesquels construire pendant des années.  Des collaborateurs de cabinet aux journalistes en passant par les représentants des ONG, la délégation officielle belge a tissé son réseau, c’est incontestable.  Dans le même temps, ce serait faire preuve d’enthousiasme juvénile (qui n’a pas manqué tout au long de la conférence) que de penser que les nez climatiques pointent dans la même direction.  Ces mêmes nez climatiques qui, malgré un avion partagé, auraient chacun rejeté deux tonnes de CO2 pour assister au Chili à cette conférence pour le climat. 

Intense et instructive, indéniablement, mais pas génératrice de bonheur, cette COP25 de Madrid.  La prochaine COP se déroulera au Royaume-Uni, à Glasgow, une ville qui ne devrait plus se trouver plus dans la zone du Green Deal à ce moment-là.

Pieter Van Bastelaere