Mobilité

Corner: « Une plus grande organisation offre plus d’impact »

Pourquoi ne pas s’allier pour défendre encore mieux les intérêts des membres ? Si cette question semble rhétorique, c’est parce qu’elle l’est. Les fédérations de négociants en véhicules d’occasion, garages indépendants et entreprises spécialisées en reconstruction de moteurs ont décidé d’unir leurs forces et de se regrouper en une seule et même fédération.

Simplicité et efficacité : voilà qui résume les principaux moteurs de cette nouvelle alliance entre les secteurs des négociants en véhicules d’occasion, garages indépendants et entreprises spécialisées en reconstruction de moteurs. Nous avons rencontré Patrick Godart, président de cette nouvelle structure, ainsi que ses deux vice-présidents, Nicolas Pirson et Eric Geentjens. Découvrons ensemble ce que propose ce trio de tête à travers leur nouvelle fédération.

TRAXIO Magazine // Vos noms ne sont certes pas inconnus des membres des structures TRAXIO, mais rafraîchissez-nous quand même la mémoire…

Patrick Godart : « À la base, je suis architecte d’intérieur, mais je me suis tourné vers le secteur automobile par passion. J’ai changé plusieurs fois de poste, mais je travaille depuis quelque temps chez DIF-RENT, un groupe belgo-néerlandais qui gère plusieurs concessions. Je m’occupe de tout ce qui touche aux camions et utilitaires de seconde main. Nous ne vendons pas de voitures. »

Nicolas Pirson : « Je travaille chez Hocké, où je gère l’achat et la vente de toutes sortes de véhicules – à l’exception des voitures. Comme je le dis encore bien : nous faisons ce que personne d’autre ne veut faire (rires). Il y a environ trois ans, GVO a fondé une Commission poids lourds dont j’ai été nommé président. La création de cette Commission reflète une réalité concrète : les poids lourds occupent une place à part dans l’univers des véhicules d’occasion. Au final, il s’agit d’un marché spécifique qui requiert un savoir-faire spécifique. Cette fusion n’affectera en rien l’existence de la Commission, et les membres issus du monde des poids lourds sont toujours les bienvenus (sourire). »

Eric Geentjens : « Je dirige un garage indépendant avec mes frères et ma sœur ; une entreprise familiale qui a déjà cinquante ans au compteur. Notre garage s’est affilié à TRAXIO – à l’époque FEDERAUTO – un peu par hasard. Je trouvais qu’il était important de pouvoir échanger des idées entre collègues, mais également que l’ensemble du secteur présente un front uni.

Aller encore plus loin

TRAXIO Magazine // Le sujet de cet entretien est la création d’une nouvelle fédération. Quelles sont les raisons de cette alliance ? Et pourquoi maintenant ?

Patrick Godart : « Il est évident que la vente et la réparation de véhicules d’occasion sont deux activités liées. Ce simple constat invite à considérer ces activités comme un tout et à les rassembler en un seul et unique secteur avec, assez logiquement, un seul secrétariat. Et c’est ce que nous proposons. Cela n’exclut pas une certaine différentiation entre les activités représentées. Par exemple, la Commission poids lourds que nous venons d’évoquer – celle dont Nicolas est Président – restera inchangée. Mais cette fusion génèrera indéniablement des économies d’échelle en éliminant le chevauchement d’activités et les redondances qui étaient jusqu’ici monnaie courante. »

Eric Geentjens : « Les garages indépendants et les entreprises de reconstruction jouent sans conteste dans le même camp. Lorsqu’une réparation s’avère particulièrement complexe, nous sortons le moteur et nous l’envoyons à ces grands spécialistes. Et entre les garages et les vendeurs, il existe une sorte de zone grise, et même une petite zone de chevauchement. Je parle ici en tant que gérant de garage, mais chaque vendeur a déjà procédé à une réparation, et chaque réparateur a déjà vendu un véhicule (sourire). »

Plus-value pour toutes les parties

TRAXIO Magazine // Tout cela nous semble évidemment logique, mais pour nous faire l’avocat du diable : pensez-vous que les intérêts de chacun sont suffisamment alignés ? En d’autres termes : risquez-vous de travailler sur un dossier où les intérêts des garages indépendants et ceux des vendeurs divergent ou s’avèrent irréconciliables ?

Nicolas Pirson : « Je pense que nous sommes tous suffisamment matures pour voir plus loin que nos propres intérêts. Nous partons du principe que nos activités sont complémentaires. On peut dire que c’est là le ciment de notre fusion, la base sur laquelle nous continuerons à bâtir notre coopération. »

Eric Geentjens : « C’est une question que nous avons bien étudiée. Nous avons réfléchi avant de prendre notre décision, et je suis convaincu que nous nous en sortirons très bien. »

Patrick Godart : « Cette question se pose pour chaque fédération. Nous devons regarder la situation dans son ensemble en mettant de côté nos intérêts personnels. Chaque partie offre une plus-value à l’autre. D’un côté, l’implication des membres renforce le secteur dans son ensemble. D’un autre côté, en faisant partie d’une plus grande organisation, les membres ont plus d’impact sur le terrain. Pour répondre à votre question et revenir sur la réponse d’Éric : ce n’est pas parce que certaines activités se chevauchent qu’il existe une sorte de concurrence interne. »

Problématique des paiements en espèces

TRAXIO Magazine // Les sujets de discussion ne manquent pas, mais nous aimerions aborder un sujet que vous avons déjà évoqué dans les précédents Corner et qui vous concerne très certainement : la limitation des paiements en espèces. Des mesures ont-elles été prises depuis lors ?

Nicolas Pirson : « C’est un problème extrêmement pressant. En Belgique, les paiements en espèces sont limités à 3.000 euros, ce qui, dans ma branche – et je pense plus particulièrement à la vente de camions et autre matériel lourd – est beaucoup trop peu… »

Eric Geentjens : « Il y a quelque temps, un client a voulu m’acheter trois voitures en espèces. J’ai été obligé de refuser. En cas de contrôle, les amendes sont salées : jusqu’à 10 % du total de la facture. Il ne faut pas non plus oublier que ces contrôles sont effectués trois à cinq ans plus tard. La vente n’est donc pas annulée, car la voiture peut alors se trouver n’importe où, mais les conséquences financières n’en sont pas moins là. »

Nicolas Pirson : « C’est un problème que nous laissons traîner depuis des années et notre économie va en payer le prix. Anvers était auparavant un maillon clé de l’export de camions vers l’Afrique, mais nous avons progressivement perdu une grande partie de ce marché au profit d’Hambourg et de Rotterdam. L’explication est on ne peut plus simple : quiconque entre – légalement, bien entendu – dans ces villes avec d’importantes sommes en espèces peut utiliser cet argent pour effectuer des achats. Les formalités administratives sont relativement simples. Ici, c’est différent. Vous pouvez – tout à fait légalement, donc – entrer en Belgique avec du liquide, mais vous ne pouvez pas y dépenser cet argent. Il s’agit là d’un point sur lequel notre secteur continuera d’insister (sourire). »

Chasse au diesel

TRAXIO Magazine // Ces derniers temps, le diesel alimente tous les débats et est loin de faire l’unanimité. Cette question a-t-elle des répercussions pour vous ?

Patrick Godart : « Le problème est que la chasse au diesel est une question de fiscalité, mais, comme toujours, on essaie de transformer des considérations budgétaires en préoccupations écologiques, voire en question de principe. »

Nicolas Pirson : « C’est vrai. N’oublions pas que les moteurs à essence consomment plus, et rapportent donc plus à l’État. Gardons également à l’esprit que bien souvent, il n’existe aucune alternative au diesel, surtout dans le secteur du transport. Pour les véhicules plus petits, vous pouvez toujours opter pour un système électrique ou hybride, mais pas pour du matériel plus lourd. »

Eric Geentjens : « Le climat actuel favorise la diabolisation du diesel. Surtout pour les personnes qui possèdent un véhicule plus ancien. Les zones à faibles émissions sont de plus en plus nombreuses, sans oublier tout le climat créé autour du diesel. Le problème est qu’il est difficile de démêler les faits de la fiction. »

TRAXIO Magazine // Les garages indépendants luttent depuis des années pour s’imposer comme une alternative viable aux concessions. Avez-vous réussi ?

Eric Geentjens : « Personnellement, j’en ai bien l’impression. Pendant des années, nous avons investi dans la qualité et, aujourd’hui, beaucoup d’entre nous en récoltent les fruits. Nous avons dû déployer pas mal d’efforts pour convaincre les clients, surtout les clients potentiels, du fait qu’ils peuvent tout à fait amener leur véhicule chez nous et conserver leurs garanties. Pendant bien longtemps – trop longtemps –, les clients ont pensé qu’en s’adressant à un garage indépendant, ils mettaient en péril la garantie qui couvre leur véhicule. Et si je peux me permettre d’en dire un peu plus : à travers notre fédération, nous comptons mettre en place un label de qualité unique. À l’heure actuelle, ce type de label existe pour les vendeurs de véhicules de seconde main, mais pas pour les entreprises de reconstruction et les garages indépendants. Cette mesure est donc importante pour nous. »

Patrick Godart : « Pendant des années, nous avons eu du mal à obtenir des marques toutes les informations nécessaires sur leurs véhicules. C’était un réel handicap pour les réparateurs indépendants. Aujourd’hui, ce problème est en grande partie résolu et les indépendants ont donc plus d’impact sur le marché. »

TRAXIO Magazine // La reconstruction de moteurs est la plus petite composante de cette nouvelle fédération…

Patrick Godart : « Il est vrai qu’il s’agit d’un marché de niche, mais cela ne change rien à son importance. En fin de compte, les entreprises de reconstructions sont des spécialistes par excellence. Les problèmes classiques ne sont pas leur tasse de thé, si vous me passez l’expression. Ils s’occupent des cas plus difficiles, ce qui signifie évidemment qu’ils disposent d’un énorme savoir-faire. »

Eric Geentjens : « Nous ne devons pas non plus négliger le fait que ces experts s’occupent de toutes sortes de moteurs. Leurs connaissances et leurs compétences couvrent en quelque sorte l’ensemble du secteur automobile. »

 

Patrick Godart : La représentativité est essentielle pour notre fédération

« La représentativité est extrêmement importante pour une organisation telle que la nôtre. Grâce à cette fusion, le Conseil d’administration a d’ailleurs pu accueillir quelques nouveaux membres. »

« Nous avons dû livrer une longue bataille juridique contre les marques. Aujourd’hui, elles sont enfin obligées de nous donner accès aux données de leurs véhicules, et les garages indépendants peuvent enfin jouer pleinement leur rôle.

 

Nicolas Pirson : La mobilité au cœur des débats sur la pollution

« Il est quand même surprenant de constater que les plus fervents partisans de la voiture électrique sont souvent ceux qui plaident le plus ardemment pour une fermeture des centrales électriques. C’est un peu paradoxal, non (rires) ? »

« Il faut aussi reconnaître que les problèmes de mobilité aggravent la pollution. Un véhicule consomme deux fois plus lorsqu’il est bloqué dans les embouteillages que lorsqu’il roule. 

 

Eric Geentjens : Les garages indépendants ont pu renforcer leur réputation

« Les moteurs sont de meilleure qualité qu’autrefois. De nos jours, pour faire chauffer un moteur, il faut vraiment rouler sans huile. Cela dit, les entreprises spécialisées en reconstruction de moteurs réparent bien souvent les dégâts causés par ce genre de dommages en deux temps, trois mouvements. »

« Il y a quand même de quoi se poser des questions quand on sait que certains types de véhicules sont interdits dans les zones à faibles émissions… mais uniquement si le conducteur ne paie pas le droit d’y entrer. »

 

Photo: Jerry De Brie