Dossier Mobilité

Export: fini de rire !

Dans la croyance populaire, les vieilles voitures dont plus personne ne veut en Europe finissent leurs jours en Afrique, où elles connaissent une seconde carrière qui les usera jusqu’au dernier boulon. Une image encore fondée aujourd’hui ? Pour le savoir, nous avons rencontré Pierre Hajjar, vice-président de la Fédération Belge des Exportateurs de Véhicules neufs et d’occasion (FBEV).

« L’export n’est plus dans ses grandes années » assène d’emblée Pierre Hajjar, qui cumule sa fonction au sein de la FBEV et la gestion de son agence de transport maritime spécialisée dans le transport de matériels roulants, SOCAR. Le continent Africain reste bien la première destination d’exportation des véhicules hors de la CEE, « et certaines régions comme l’Afrique de l’ouest et centrale connaissent encore une croissance positive » précise notre interlocuteur. « Mais il y a une volonté de ne plus laisser entrer n’importe quoi, notamment par l’instauration de barèmes douaniers qui favorisent les véhicules plus récents. Et puis, il y a une classe moyenne qui se développe, mais qui n’a pas encore les moyens de s’acheter du neuf. De toute façon, les VN sont mal considérés là-bas car ils ne correspondent pas à nos standards européens (contrôles, qualité, certificats de conformité…). Les voitures européennes restent donc très prisées, mais sont désormais loin d’être des « poubelles ». L’âge moyen oscillerait désormais entre 6 et 12 ans, alors qu’il se situait entre 15 et 25 ans voilà quelques années.

Les Japonaises toujours 

Malgré tout, ce sont quelques 350.000 véhicules qui quittent le Port d’Anvers à destination de l’Afrique chaque année. Parmi ceux-ci, 100.000 environ viennent du « marché de Bruxelles », qui rassemble les revendeurs belges, mais aussi quelques français, allemands et hollandais. Un marché qui a une excellente réputation car « même en Afrique, la meilleure occasion est belge ou allemande ». Les acheteurs africains viennent y acheter leurs voitures pour les revendre à destination avec de faibles marges « Mais le coût de la vie est très différent et cela leur permet de vivre ».

Les stars de ce marché ne changent guère : « les Toyota ont toujours bonne réputation, même si ce n’est plus celle de leurs ancêtres » constate Pierre Hajjar. Et de poursuivre : « les Japonaises en général sont toujours les plus demandées, devant les Mercedes. Derrière, Peugeot remonte, alors que Renault disparaît à cause de l’électronique trop compliquée ».

Moins de diesel, mais… 

Sur les marchés africains comme ailleurs, l’essence est le carburant qui est désormais plébiscité. Mais la raison est bien différente de celles évoquées chez nous. Pas question ici de « dieselgate » ou de considérations environnementales : « Depuis 15 ans, les moteurs diesels sont devenus assez pointus et plus fragiles. Ils acceptent mal le diesel de mauvaise qualité qu’on trouve ici en Afrique. Alors qu’avec l’essence, il n’y a pas de problème » précise Pierre Hajjar.

Photo: Pixabay Josua Douglas