Mobilité

Frédéric Jourdan: la passion du dépannage au service de TRAXIO

18-11-2019

Frédéric Jourdan est le nouveau vice-président de TRAXIO Road Support pour la Wallonie. A 52 ans, le Gaumais dispose d'une solide expérience dans les métiers de l'assistance routière puisqu'il les pratique au quotidien via ses sociétés de dépannage et concessions poids-lourds en Belgique et au Luxembourg.

Si cela fait 30 ans qu'il effectue les dépannages à son propre compte, il y a en réalité bien plus longtemps que Frédéric Jourdan pratique le métier. Il a commencé très jeune avec son père, lui-même carrossier pour poids-lourds et dépanneur pour voitures. « J'ai toujours baigné dedans » souligne le quinquagénaire, aujourd'hui à la tête de trois concessions Iveco à Virton, Neufchâteau et au Grand-Duché du Luxembourg, en plus de ses sociétés de dépannage.

La première entité sous son propre nom en Belgique fut Jourdan SPRL. La seconde, active au Grand-Duché, est le fruit du rachat d'un ancien concurrent dont elle a gardé le nom : Shaack by Lux Dépannage SA. Depuis quelques années, la première de ces deux sociétés s'est toutefois concentrée sur le marché des utilitaires et poids-lourds. « En 2010, nous avons décidé d’arrêter nos activités de dépannage voiture par choix personnel. Nous disposons aujourd'hui de 12 dépanneuses poids-lourds, et évidemment de tout le nécessaire pour tous les types de dépannages. Nous avons aussi des remorques de convois exceptionnels ». Toutes ces activités, ainsi qu'une troisième dans le secteur du recyclage, sont regroupées sous la holding G2F. Une entreprise familiale puisque l'homme est fier de préciser que ses deux beaux-fils, son épouse et sa grande fille travaillent également à ses côtés. 

Normes strictes 

Depuis qu'il travaille dans le monde du dépannage, ce patron d’entreprises a pu en constater l'évolution et pointe aujourd'hui une forme de régression dans le développement des poids-lourds. « Nous constatons de plus en plus de problèmes électroniques, sur toutes les marques. Auparavant, on pouvait brancher l'ordinateur dessus, opérer un ‘reset’ et cela permettait généralement de redémarrer le moteur ou la boîte de vitesses. Désormais, les marques nous demandent de ne plus le faire mais d'emmener les véhicules en concessions pour récolter les données », relève Frédéric Jourdan.

Il déplore également les normes de travail toujours plus strictes qui leur sont imposées face à la concurrence de mécaniciens des pays de l'Est qu'il n'hésite pas à qualifier de « mercenaires de la mécanique », avec une certaine forme de respect toutefois : « Chapeau pour ce qu'ils font : ils peuvent à peu près tout réparer sur le bord de la route, mais sans se soucier d'aucune norme. En fait, ils travaillent comme on le faisait dans les années ‘70. Nous, on a trop de ‘confort’ de travail imposé par toutes les règles contraignantes. L'idéal serait un juste milieu entre les deux ». Frédéric Jourdan précise encore que 85 % des dépannages sont imputables aux chauffeurs, que ce soit le résultat d’erreurs de conduite ou de défauts d'arrimage de marchandises.

Frédéric Jourdan n’en conserve pas moins une ferveur intacte pour son métier. D'ailleurs, « ce n'est pas un métier, c'est ma passion ! Parfois, quand j'apprends qu'il y a eu un accident et que je n'ai pas été appelé pour le dépannage, je suis très déçu. Par pour le fait d'avoir manqué une rentrée d'argent, mais pour le fait de ne pas avoir pu ‘jouer’ avec mes dépanneuses » s'amuse-t-il. 

Label de qualité 

Membre de TRAXIO depuis les années 90 (FEDERAUTO à l’ époque), Frédéric Jourdan est devenu vice-président de TRAXIO Road Support pour la Belgique francophone aux côtés de Michel Gillard, secrétaire général de la section. Un poste qu'il a accepté avec beaucoup d'honneur, à la condition qu'un administrateur soit nommé par province, ce qui lui a été accordé. Depuis son arrivée, de nombreux projets ont déjà été mis sur les rails, notamment la création d'un nouveau label de qualité pour les dépanneurs affiliés à TRAXIO, qui devrait voir le jour dans les prochains mois.

La fédération proposera prochainement un module de calcul de rentabilité à la disposition des membres. Une mesure qui s'inscrit dans un combat de plus longue haleine, politique celui-là. « Nous ne voulons pas de confrontation directe, mais nous souhaitons expliquer à nos dirigeants la situation actuelle et pourquoi elle n'est plus tenable ». Parmi les demandes du vice-président et de sa section : accorder un droit de rétention du véhicule aux dépanneurs, appliquer un tarif identique pour tous pour éviter de travailler sous le prix de revient, à la demande des parquets notamment ; et enfin favoriser l'appel à des dépanneurs plutôt qu'à des « débloqueurs » improvisés dont ce n'est pas le métier dans les situations d'urgence en hiver. Il y a donc du pain sur la planche !

Le problème récurrent du recrutement 

Que ce soit en dépannage ou dans ses concessions, Frédéric Jourdan ne peut que constater la difficulté de recruter du personnel qualifié. Un constat malheureusement récurrent dans les métiers techniques. « Aujourd'hui, c'est le patron qui s'adapte au personnel, et non l'inverse. Il y a un manque de main d'œuvre qualifiée flagrant, et c'est donc l'ouvrier qui pose ses conditions, que ce soit pour les chauffeurs ou les électromécaniciens. C'est très difficile. »

La cause est toujours la même : « Depuis des années, on a dévalué les métiers techniques, manuels. On a considéré les études mécaniques comme une « roue de réserve » où l'on envoie ceux que l'on ne juge pas faits pour les hautes études, donc sans motivation. C'est pourquoi nous faisons venir des étudiants sur nos différents sites, on forme des apprentis, pour leur montrer la beauté du métier ».

Frédéric Jourdan lance quelques pistes qui pourraient permettre d'éviter une aggravation du problème dans les années à venir : « Il faut absolument faire comme en Allemagne, et proposer la formation en entreprise durant les études. Mais il y a aussi une solution politique : les travailleurs plus âgés coûtent plus cher, on veut donc les pousser à la pension pour engager des plus jeunes. L'idéal serait de pouvoir engager un jeune qui seconderait un travailleur expérimenté durant quelques années pour qu'il y ait une vraie transmission de savoir. Cela pourrait être incité par une réduction des charges sociales pendant cette période... »

Profil 

Age : 52 ans

Fonction : Administrateur délégué

Formation : Mécanicien-carrossier

1er job : Carrossier

Hobbys : « Jouer avec mon matériel de dépannage et remorquage »

Voiture de rêve : un véhicule 100 % vert (pourquoi pas une Ferrari ?).

Destination : la Gaume, ma région

Boisson favorite : l'Orval

Ambitions : créer un centre de dépannage et remorquage grande région à cheval sur la Belgique, le Luxembourg et la France.