Mobilité

Intercars Bilzen: Moitié moins de garages, redoublement des ventes

14-01-2018

Dans les années ’70 et ’80, la marque tchèque Skoda n’avait pas bonne réputation dans nos contrées.  Ce qui n’empêcha toutefois pas Richard Noben, de Bilzen, d’ouvrir un garage Skoda à Veldwezelt en 1978.  Près de 40 ans plus tard, l’entreprise est devenue une affaire familiale florissante.

L’histoire de l’entreprise est en fait un peu plus ancienne encore, car le garage existait déjà depuis quatre ans avant de distribuer la marque Skoda, raconte Johnny Noben, un des dirigeants actuels de l’entreprise.  “Mon père et son associé de l’époque ont ouvert le garage en 1974”, explique-t-il.  “Ils occupaient alors un immeuble à Veldwezelt. Jusqu’au début des années ‘90 ils vendaient aussi des Honda, mais parce que la marque n’avait pas de motorisation diesel, ils en ont cessé la distribution.  A l’époque, le Belge était encore un “fana de diesel” et il fallait par conséquent vendre des diesels pour connaître le succès commercial.” 

En 1991, Johnny, alors âgé de 16 ans, entre dans l’affaire comme apprenti mécanicien.  “Dans les années ‘90 nous avons agrandi le showroom, mais parce que nous occupions une zone d’habitat, il fallait respecter une limite.  Vers l’an 2000, nous avons décidé d’ouvrir un deuxième établissement à Beverst.  Mon frère et ma sœur ont, eux aussi, rejoints l’entreprise. Et c’est ainsi que nous sommes devenus une affaire familiale comptant deux garages.”

De deux à un

Cette situation perdura jusqu’à 2014, lorsqu’il devint évident que les deux établissements étaient devenus trop exigus.  La famille Noben se trouva face à un choix : soit s’agrandir à nouveau ou repartir à zéro ailleurs. “Parce que nous étions établis dans une zone d’habitat à Beverst également, nous avons décidé d’édifier un garage flambant neuf dans une zone d’industrie”, affirme Johnny. “La quête d’un terrain adéquat ne fut pas une mince affaire. Finalement, nous avons déniché le terrain situé à Bilzen.  Pour nous il était tout aussi important de conserver nos anciens clients, que d’en drainer d’autres.  Le nouveau garage se trouve pile entre les deux autres établissements.  Les clients existants n’avaient que maximum sept kilomètres à parcourir pour l’atteindre.”

Cette stratégie semble porter ses fruits : au moins 95 % de la clientèle existante a suivi après le déménagement, commente Johnny.  Les ventes ont même connu une hausse spectaculaire.  “Au fond, nous sommes passés de deux établissements à un, seul mais en ce qui concerne les voitures neuves, les ventes ont plus que doublé.” 

La construction d’un nouveau garage a permis à l’entreprise d’ériger un tout nouveau batiment répondant aux exigences les plus modernes.  Skoda avait entre-temps développé sa nouvelle Corporate Identity et posait des conditions beaucoup plus strictes en matière d’aménagement et d’habillage du showroom.  “C’est difficile à imaginer de nos jours, mais en 2000 la moitié des concessionnaires Skoda ne disposait pas de son propre showroom ”, commente Johnny. “A l’époque, notre showroom comptait en tout et pour tout 8 voitures, ce qui faisait de nous un des garages les plus modernes de tout le réseau (rires).  Vous voyez le chemin parcouru en 17 ans.”

De mauvaises voitures pour l’Occident

VW a refaçonné l’image de marque de Skoda et procédé à un gain significatif et nécessaire de sa qualité. “Auparavant les modèles de base de Skoda restaient au pays et étaient d’assez bonne qualité ”, raconte Johnny. “Les modèles “plus luxueux” partaient en Occident et la qualité de construction était effectivement parfois abominable.  La raison en était qu’à l’époque l’usine travaillait avec des ouvriers totalement démotivés.  Le changement de culture d’entreprise induit par VW a eu de l’effet car, si en 2000 il se vendait 8.000 Skoda en Belgique, en 2016, elles ont été au nombre de 19.000.  La marque est même devenue un solide concurrent de VW.”

Intercars Bilzen vend annuellement environ 275 voitures neuves et une centaine d’occasions.  L’entreprise occupe actuellement une dizaine de personnes.  Mon père Richard y est toujours actif en tant que magasinier, tout comme mon co-gérant et frère Ronny (chef d’atelier), son épouse et la sœur de celle-ci.  Nous employons aussi quatre mécaniciens et deux vendeurs.  L’an dernier, le garage a réalisé un chiffre d’affaires de 5,3 millions d’euros.  Pour cette année, nous comptons au moins réaliser le statu quo.

La majorité des ventes seront d’ailleurs des modèles essence, affirme Johnny. Dans son garage, l’engouement pour le diesel est clairement retombé.  “Auparavant nous vendions 80 à 85 % de diesels sur toute la gamme.  Pour les modèles les plus grands, ce pourcentage atteignait même les 95 %.  Depuis un an ou deux, la tendance s’est complètement inversée.  Surtout dans les petits modèles, le diesel devient une exception.   Les taxes ne font qu’augmenter et la différence de prix à la pompe est devenue minime.  Le logiciel trafiqué de VW a peut-être également joué un rôle dans cette tendance, mais le nom de Skoda n’est pratiquement jamais tombé dans ce dossier, donc en termes d’image de marque, les dommages sont quasiment nuls.  Les considérations écologiques ?  Elles comptent moins.  Les clients manifestent pourtant bien leur intérêt vous savez, mais tant que cela n’affecte pas leur portefeuille.”

Ma voiture reste ma liberté

Le Limbourg observe le battage médiatique autour des services de voiture partagée, e-cars et autres Uber avec défiance, mais ce scénario se jouera d’abord principalement dans les villes, estime Johnny Noben.  “A Anvers et à Bruxelles, il faut tenir compte de l’effet voiture partagée, mais ici à Bilzen c’est surtout “ma voiture reste ma liberté”.  La tendance débarquera peut-être un jour, mais en attendant le problème ne se pose pas.  Pareil pour la voiture électrique.  J’y crois sans aucun doute, mais il est encore trop tôt.   Pour le consommateur lambda, les prix restent trop élevés et l’autonomie trop faible.  A court terme, je miserais plutôt sur le CNG.  Notre point faible étant que nous ne disposons à ce jour que de deux modèles dotés d’un moteur CNG et que l’infrastructure est à la traîne.  L’ouverture de nouvelles stations-services CNG stimulerait énormément la vente.  Nous en avons nous-mêmes fait l’expérience : DATS24 a ouvert une pompe CNG dans le quartier et nous avons constaté immédiatement l’intérêt des clients.” 

 

Photo: Thierry Dricot