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L’électrification influence le concept de garage

Un garage tourné vers l’avenir a tout intérêt à s’intéresser à l’électrification du parc automobile. Cela nécessite d’autres connaissances, mais peut aussi impacter le modèle économique sur lequel repose le garage.

« Se focaliser outre mesure sur les chiffres de vente des voitures électriques est la chose la plus dangereuse qu’un garage puisse faire actuellement », met en garde Dag Moors, Manager Business Training, Coaching & Consultancy chez EDUCAM. « Les ventes sont encore faibles, et la part de véhicules électriques reste très limitée, ce qui pourrait inciter à un désintérêt pour ces véhicules. À tort. Parce qu’au-delà des chiffres globaux et absolus, il apparaît que, des véhicules électriques, il en circule un peu partout. En d’autres termes : compte tenu de la dispersion des véhicules sur le territoire, pratiquement chaque garage est susceptible d’être confronté à un véhicule électrique. Ça, c’est l’ici et maintenant. L’avenir nous réserve en outre bien d’autres choses. » 

Sécurité maîtrisée 

« Les véhicules électriques soulèvent des questions légitimes, mais il convient tout de même de mettre un terme à certains mythes », explique Dag Moors. « Tout d’abord, l’aspect sécurité pour l’utilisateur. Je ne vais pas y aller par quatre chemins : il n’y a pas plus de risques qu’avec une voiture ordinaire. Voilà déjà une information à communiquer au client. Par contre, la sécurité des professionnels, c’est-à-dire des mécaniciens qui sont confrontés à ces véhicules et qui doivent y travailler, est un aspect plus complexe. Qui dit “batterie” dit “tension” et, donc, “danger”. Ces risques sont réels, mais j’ajoute d’emblée que le secteur maîtrise cette sécurité. Aujourd’hui, quelque 13.000 personnes détiennent déjà une certification dans l’un des niveaux standard pour travailler sur les véhicules hybrides et électriques. On peut aisément en conclure que l’on est prêt à “accueillir”, si je puis m’exprimer ainsi, ces véhicules à grande échelle. Peut-on faire mieux ? Évidemment ! Mais si on met la situation en perspective et qu’on la compare à celle d’autres pays européens, on peut affirmer sans arrogance que, comparativement, notre marché enregistre d’assez bons résultats en matière de sécurité. »

« Ça ne fait pas de mal de placer les défis de l’électrification dans une perspective plus large », dit Dag Moors. « La digitalisation évolue également à pas de géant. Et là aussi, il faut d’autres compétences. Travailler sur des voitures n’est plus une simple affaire de pneus et d’huile. Si on ajoute à cela la pénurie de main-d’œuvre, on se rend compte aussitôt du défi auquel fait face le secteur en termes de ressources humaines. Mais revenons à nos moutons. » 

Électrification = simplification 

« Il faut savoir que l’électrification du parc de véhicules est en fait une simplification », souligne Dag Moors d’EDUCAM. « L’électricité est invisible – abstraite, en fait –, ce qui peut déstabiliser les techniciens. Mais techniquement parlant, le système n’est pas tellement complexe. N’oublions pas que le groupe motopropulseur des véhicules électriques contient moins de pièces. Aussi, elles sont relativement faciles à installer. Par conséquent – et c’est là que l’on revient à la question de la rentabilité des garages –, le coût théorique de l’entretien de ces véhicules est plus bas ; pour certains d’entre eux, on parlerait même d’une réduction de coût de 50 %. Il convient de nuancer quelque peu ce chiffre. En effet, le système de freinage du groupe motopropulseur exerçant une plus forte résistance sur les pneus, ceux-ci sont soumis à une usure plus rapide. Ce surcoût doit également être pris en compte donc, mais l’idée générale selon laquelle le coût d’entretien est nettement inférieur tient la route. » 

Fournisseur de mobilité

Dag Moors place ce dernier point également dans une perspective plus large. « Tout comme l’électrification doit être considérée comme faisant partie d’un ensemble d’évolutions au sein des garages, l’aspect financier dont il est question ci-dessus à propos des véhicules électriques fait également partie de la vaste thématique de la rentabilité. Un certain nombre de marques ont déjà pris des mesures pour réaliser des économies d’échelle. Il s’agit purement et simplement d’un moyen d’accroître leur efficience. Par analogie, on peut en dire de même des véhicules électriques dans les plus grandes structures : elles peuvent simplement en accueillir plus, ce qui compense dans une certaine mesure la diminution de la rentabilité. Le garage du futur est un fournisseur de mobilité ; EDUCAM ne cesse de le clamer depuis longtemps. Et dans cette transition, tout garagiste avisé a intérêt à prendre le train de l’électrification. »

Complexité du marché de l’occasion

Quelle est la valeur exacte d’un véhicule ? La règle d’or qui prévaut chez les marchands de véhicules d’occasion est que seul un véhicule bien acheté se revend bien par la suite. Autrement dit : un prix d’achat excessivement élevé compromet la vente finale du véhicule, de la voiture ou autre. Qu’est-ce qu’un bon prix d’achat ? Estimer la valeur d’un véhicule est un métier en soi. Et l’électrification vient ajouter un facteur supplémentaire : la batterie. « Il s’agit d’un exercice aussi intéressant que complexe », note Dag Moors. « L’estimation de la valeur est étroitement liée à l’état de la batterie. Cette dernière constitue en effet une composante clé du prix d’un véhicule neuf. En même temps, elle est la principale responsable du fait que les voitures électriques sont encore et toujours plus onéreuses que les voitures ordinaires à l’heure actuelle. Des experts en véhicules hybrides et électriques, on en rencontre de temps en temps sur le marché des véhicules d’occasion, mais ils sont plutôt rares. Est-il encore besoin de dire qu’il y a là un potentiel ? »