Dossier Mobilité

La grande déprime des prix de l’occasion

Les incertitudes entourant l’évolution des réglementations environnementales malmènent le marché de l’occasion. Les prix chutent et de nombreux véhicules ne trouvent plus de débouchés qu’à l’exportation.

 

« Beaucoup de clients hésitent avant d’acheter un nouveau véhicule mais ils ne se tournent pas réellement vers l’occasion », affirme Filip Matthijs, directeur général de TH Trucks Belux. « Ils préfèrent plutôt reporter leur changement de véhicule ».

Selon Statbel, les ventes de véhicules utilitaires pour le transport de marchandises (105 662) et de tracteurs (5 061) ont plutôt stagné en 2018 en Belgique, évoluant bien moins rapidement que le marché du neuf. Sur 5 ans, l’écart devient même quasiment abyssal. Dans les véhicules utilitaires, les ventes ont bondi de 46% dans le neuf contre à peine 13% dans l’occasion. Au niveau des tracteurs, l’évolution relative est plus comparable, mais en données brutes, il se vend toujours beaucoup plus de véhicules neufs que d’occasion : 6 629 contre 5 061 en 2018.

La norme Euro 5 en point charnière 

Un constat global que confirme Nicolas Pirson. Le responsable occasions chez Hocké souligne toutefois que les prix et la demande dépendent beaucoup de la norme Euro du véhicule. « Globalement, les utilitaires et tracteurs avec une norme Euro 5 ou 6 se revendent valablement en Europe, mais pour les normes inférieures, il faut souvent s’orienter vers l’exportation. Un camion d’occasion s’amortit généralement sur 3 à 7 ans et les acheteurs européens redoutent de ne pas pouvoir utiliser pleinement un véhicule Euro 3 ou 4 en raison notamment des zones de basses émissions. Cela se ressent sur les prix. Un tracteur de 2007 avec une norme Euro 5 se vendra environ 2 000 euros de plus que le même tracteur avec un moteur Euro 4 ».

À l’exportation hors d’Europe, le marché demeure assez complexe en raison des tensions géopolitiques. Sur les marchés africains, on constate par ailleurs un mouvement inverse en termes de normes d’émissions. « Les clients en Afrique recherchent surtout des véhicules plus simples avec une norme Euro 3, voire Euro 4 en fonction du modèle et de la boîte. L’explication est que ces véhicules sont plus tolérants à des carburants de mauvaise qualité ».

Claude Yvens, Rédacteur en chef de TransportMedia, épingle par ailleurs le fait qu’il n’y a actuellement pas encore de marché de l’occasion pour les nouvelles motorisations. « Les tout premiers véhicules au gaz vont atterrir sur le marché de la seconde main, mais globalement, on a pas la moindre idée de la valeur résiduelle potentielle. Cela pourrait intéresser des entreprises qui veulent tester un véhicule de ce type sans investir dans le neuf. Mais il ne faudra vraisemblablement pas compter sur le marché à l’exportation. »