Dossier Mobilité

Le diesel au centre des débats

Normes de pollution de plus en plus restrictives, zones à faibles émissions (LEZ), WLTP… Ces nouveaux règlements apparus récemment ont un impact manifeste sur le marché du véhicule d’occasion. Mais c’est surtout la perte de popularité du diesel qui inquiète les professionnels du secteur que nous avons rencontrés.

« Autant vous le dire tout de suite, je suis très ennuyé avec mon stock de véhicules diesel, lance Michel Redouté, responsable occasion chez GSL Motors. Sur un an, je rassemble environ 2500 voitures qui sont principalement des reprises de nos 17 concessions. Pour l’instant, 10 % seulement de mon stock est constitué de véhicule à essence. La demande pour des mécaniques diesel a tellement chuté que je me retrouve avec des autos qui se vendent très difficilement, même à l’export ». Le constat est amer : en quelques mois, le marché de véhicule d’occasion en Belgique a radicalement changé. Les récents changements opérés au niveau des normes de pollution, le prix du diesel qui ne cesse pas de grimper et la cacophonie quant à son avenir semblent avoir rapidement eu raison du diesel. 

Dénigrement injustifié ? 

« Nous voyons de plus en plus des clients venir avec des véhicules diesel Euro 3 ou Euro 4, affirme Wim Vos, CEO de Cardoen Autosupermarkt. Ces personnes viennent chez nous à la recherche de renseignements clairs et précis, car elles sont perdues dans le flot d’informations –parfois contradictoires – qui circulent ». Il est vrai que l’automobile suscite plus que jamais la polémique, parfois alimentée par une réelle méconnaissance de ses tenants et aboutissants. Ronald De Belder, patron du Garage Mathieu en est toutefois convaincu : « Ce diesel bashing n’est qu’un effet de mode passager. En Allemagne, certaines études ont montré qu’une moindre utilisation du diesel n’a rien changé à la pollution ambiante. Il y a des chances qu’on observe un retour en arrière ! ». 

Achat plus rapide 

Perdu dans ses repères, le consommateur semble ne plus savoir où donner de la tête. « Nous constatons que les clients renouvellent leur véhicule plus rapidement qu’auparavant », affirme Wim Vos. Ce soudain regain d’intérêt pour l’essence a pour effet de déboussoler les professionnels de l’automobile d’occasion qui n’avaient jamais vécu un virage aussi soudain et important. « Je n’ai plus de repères, affirme Michel Redouté, dubitatif. Aujourd’hui, je vends très bien des véhicules jusqu’alors difficiles à écouler. Nous avons de la demande pour toutes les voitures essence, quel que soit le format ». Ressenti beaucoup plus nuancé chez Cardoen : « Je ne parlerai pas de révolution du marché. Je crois que nous avons plus simplement à faire à une évolution naturelle dictée par des impératifs environnementaux ». Beaucoup plus sceptique sur l’évolution des ventes de mécaniques à essence, Ronald De Belder se tourne, lui, vers l’avenir du diesel : « Les équipementiers comme Bosch, par exemple, et des constructeurs comme BMW ou Mercedes promettent une nouvelle génération de moteurs diesel révolutionnaires qui seront plus propres qu’actuellement ; j’y crois beaucoup ! Je pense également que les clients qui achètent aujourd’hui des véhicules essence risquent d’être vite déçus par des consommations élevées, ne respectant pas les chiffres donnés par les constructeurs ». 

Question de format 

Alors que l’avenir de l’essence s’annonce tout tracé, certains formats de véhicules dictent encore le choix du diesel, que ce soit à cause de leur poids ou de leur usage : « Seuls les SUV se vendent encore bien en diesel, assure Wim Vos. Nous constatons également que nous vendons plus ce genre de véhicules en Wallonie qu’un Flandre et dans certaines régions comme les Ardennes. Cette différence s’explique en partie par le fait que les clients utilisent leur voiture pour tracter et que les moteurs diesel permettent une masse tractable plus importante ». 

Vente difficile 

« Je viens encore de refuser l’achat d’un lot de véhicules diesel, constate amèrement Ronald De Belder. Certaines voitures sont sur mon parking depuis plus de six mois ! Malgré le fait que je diminue mes prix, je n’arrive pas à les écouler ». Même son de cloche chez GSL : « Ce spectaculaire effondrement du marché, même à l’export, se répercute jusque dans le montant de nos reprises sur voitures neuves. Du coup, les clients sont étonnés de constater la faible valeur résiduelle de leurs véhicules ». Très impacté, le marché de l’export est également devenu un problème. « Le marché français est très important pour nous, appuie Michel Redouté. Pourtant, nous ne pouvons plus y écouler que les petites voitures. Les modèles moyens de type Renault Mégane sont devenus impossibles à vendre ». De son côté, Steven Claus de PGA Group pointe un critère défavorable supplémentaire : « Les véhicules essence de plus de deux ans sont rares sur le marché pour la simple et bonne raison que les clients optaient peu pour ce carburant à l’époque ». 

Nouvelles technologies 

Puisque les constructeurs automobiles n’ont jamais été autant soucieux de l’environnement et que les modèles hybrides et électriques arrivent dans toutes les gammes, ces derniers devraient naturellement arriver sur marché de l’occasion et l’occuper en grande partie. Pourtant, ce n’est pas encore le cas. « La voiture électrique est beaucoup trop chère pour intéresser les particuliers, constate Wim Vos. Ces derniers regardent la technologie hybride qui s’est répandue et démocratisée, en grande partie grâce à Toyota». Bien qu’aujourd’hui banalisée, l’électromobilité suscite la méfiance des professionnels. « Les pannes qui peuvent survenir sur les systèmes hybrides (batteries, inverseur, etc.) coûtent extrêmement cher à réparer. C’est pourquoi nous devons en tenir compte pour la garantie que nous appliquons sur ces modèles ». Quant aux rares véhicules électriques sur le marché, ceux-ci font tellement peur à nos marchands que Ronald De Belder, Michel Redouté et Steven Claus avouent les proposer uniquement à l’export…

 

Photo: Pixabay Resone TIC