Dossier Mobilité

Le point de vue des traders : les pertes dues au coronavirus ne seront compensées que partiellement

16-09-2020

Les sociétés de leasing ont mis le grappin sur une grande partie du remarketing, ce qui a une incidence sur le business model de ceux dont le chiffre d’affaires est généré par les ventes de véhicules d’occasion (en Europe). Il est indispensable pour ces sociétés de leasing d’adopter une approche internationale ; cela ne fait aucun doute. De même, il ne faut pas sous-estimer les effets du coronavirus. Interview.

« Les sociétés de leasing continuent à s’intéresser à nos activités d’approvisionnement, mais le tableau est beaucoup plus large », déclare Jurgen Claus, Country Manager d’Autorola. « Les véhicules que nous vendons proviennent de gros concessionnaires ayant un stock excédentaire, d’entreprises d’une certaine taille, mais aussi de De Lijn ; même les cyclomoteurs de bpost se retrouvent chez nous. Tout ce qui est motorisé nous intéresse, à condition de traiter avec des professionnels ; le B2C ne nous intéresse pas. »

« Initialement, nous commercialisions des voitures de flotte, mais ce marché a beaucoup évolué au fil des ans », explique Sven Verstraelen, Managing Partner de The Trading Group. « C’était un marché protégé auparavant ; seule une poignée de concessionnaires étaient autorisés à acquérir ces voitures de leasing. L’avènement d’Internet a complètement changé la donne. Non seulement le marché s’est internationalisé, mais nos clients se sont aussi mis à acheter directement auprès de ces sociétés de leasing. Le marché de l’occasion s’est déplacé et, en tant qu’acteur B2B, nous avons du mal à trouver notre place. C’est exactement la raison pour laquelle nous avons changé notre fusil d’épaule. À présent, nous reprenons les stocks excédentaires, mais nous mettons aussi de nouvelles voitures en production. Au fil des ans, les sociétés de leasing ont en outre tiré de plus en plus la couverture du remarketing à elles. En d’autres termes, elles se sont mises à assumer un plus grand nombre de tâches elles-mêmes. »

Marché populaire

« Il faut dire que les véhicules belges, tout comme les véhicules allemands ou néerlandais, jouissent d’une très bonne réputation sur le marché européen », explique Johan Meyssen, CEO d’Adesa. « Surtout en Europe centrale et orientale. Il n’est donc pas surprenant que la Belgique soit le pays d’exportation par excellence. Ce constat général s’applique a fortiori aux véhicules de flotte. Ils sont connus pour être mieux traités, mieux entretenus, ce qui se traduit par un meilleur état général du véhicule au terme du contrat. »

Dimension européenne

La complexité pour l’un est une bénédiction pour l’autre. « Comme nous opérons sur différents marchés européens, il est plus facile de trouver l’acheteur adéquat », explique Sven Verstraelen. « Dans certains pays, les gens attachent beaucoup d’importance aux émissions de CO2 des véhicules, ce qui en fait souvent une destination privilégiée pour les véhicules HEV. Un marché au régime fiscal totalement différent peut quant à lui se révéler idéal pour les moteurs à essence plus lourds. »

« Le marché européen procure de la flexibilité en termes de prix », convient Johan Meyssen. « Il existe un marché pour chaque type de produit. La situation est bien sûr différente pour les sociétés de leasing qui ont la tâche complexe de déterminer la valeur qu’aura le véhicule quelques années plus tard. »

Coronavirus et redressement

« Si le marché se redresse après le confinement, ce n’est pas pour autant que les pertes subies seront compensées », déclare Sven Verstraelen. « Pendant cette période difficile, nous avons noté une perte de chiffre d’affaires de 90 à 95 %. Nous avons connu une augmentation de 80 % en mai, et le mois de juin a également été très bon – il s’agit peut-être du meilleur mois depuis des années. Il n’est pas possible de rattraper totalement les trois mois perdus, mais je suppose qu’un tiers des acteurs y parviendra. »

« Le fait que les gens ne se sentent pas en sécurité dans les transports publics à cause du coronavirus joue en notre faveur », analyse Johan Meyssen. « La livraison des voitures neuves connaît aussi des retards, de sorte que les gens se tournent plus rapidement vers les voitures d’occasion. On n'a pas constaté une baisse des prix de ventes ces derniers mois, bien au contraire. Evidemment nous suivons de près l'évolution du marché afin d'anticiper d'éventuelles corrections de prix. »

« Il est frappant de constater combien les voitures de plus de 15.000 euros se vendent difficilement », ajoute Jurgen Claus. « Les modèles de moins de 10.000 euros s’en sortent très bien, en revanche. De nombreuses marques ont mis leur production à l’arrêt. J’entrevois également des problèmes de production d’ici à la fin de l’année. Cela n’aura assurément pas d’incidence négative sur le marché de l’occasion. Même s’il y a une pression sur les prix actuellement, je ne pense pas qu’on en viendra à brader véritablement les véhicules. Le fait que les constructeurs ont constitué un stock important peut changer la donne, par contre. Il est possible qu’une concurrence s’installe au moment où ils voudront se débarrasser de ce stock. Car tout le monde a besoin de liquidités. Je sens poindre une menace de ce côté-là. »

« Le fait de documenter favorise la confiance »

« Cela peut prêter à rire, mais c’est la vérité : il n’y a pas de mauvais véhicules, mais seulement des véhicules mal documentés », note Johan Meyssen. « Évidemment, il est indéniable que meilleur sera l’état du véhicule, plus élevé en sera le prix. Il existe toutefois un marché pour chaque type de véhicule. Une documentation correcte renforce la confiance de l’acheteur. Et cela ne peut avoir qu’un effet positif sur le prix obtenu. »

« Acheter davantage en ligne »

« Le coronavirus a ouvert la voie au numérique dans de nombreux domaines », explique Sven Verstraelen. « Je constate le même phénomène dans l’industrie automobile, particulièrement dans notre pays où l’achat d’une voiture rime encore fortement avec enseigne physique. Il s’agit d’une tradition qui va changer, selon moi, comme cela est déjà arrivé dans des pays comme le Royaume-Uni ou la France. Ces pays ont une longueur d’avance en matière de recueil d’informations et d’achat de véhicules sur Internet. »

« Le leasing privé est un marché à part »

« Le leasing privé est aussi un leasing », souligne Jurgen Claus. « Il s’agit effectivement d’un contrat de leasing puisque la société de leasing reste propriétaire du véhicule tout au long de la durée du contrat. Et ces véhicules de leasing sont également soumis aux règles de remise sur le marché. Ce marché fonctionne souvent avec une valeur résiduelle assez agressive, ce qui peut poser des difficultés. Dans la plupart des cas, ce sont de petits modèles, généralement proposés en promotion. Lorsque ces véhicules se retrouvent sur votre parking au terme de leur contrat de deux ans, vous avez du mal à les écouler (sourire). »

Photo: Alphabet