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« Les formations sont un gage de professionnalisme »

06-02-2020

Suivre des formations sur des thèmes variés est aujourd’hui une évidence, mais ce ne fut pas toujours le cas. Au lancement d’EDUCAM, il y a 30 ans, le secteur automobile se trouvait à un moment charnière : l’offre de formation s’était certes légèrement étoffée, mais la demande avait elle aussi augmenté. C’est dans ce contexte qu’est né EDUCAM, un organisme qui s’est rapidement imposé comme la référence en matière de formation dans le monde de l’automobile.

TRAXIO Magazine : Commençons par le commencement : parlez-nous des débuts d’EDUCAM.

Paul-Henri Gilissen : « Il faut pour cela remonter 30 ans en arrière. Je peux déjà vous dire que rien n’a été fait au hasard. À cette époque, les constructeurs introduisaient de plus en plus de systèmes électroniques dans leurs voitures. Cette évolution n’a pas échappé à Henry Paisse, qui était alors concessionnaire et président de Fegarbel (l’un des deux précurseurs de TRAXIO, l’autre étant Comaubel). Henry Paisse a compris qu’à long terme, ses collaborateurs ne seraient plus en mesure d’entretenir – et encore moins de réparer – les voitures qu’il vendait. Il a fait part de ses inquiétudes à Herman De Croo – qui s’est toujours soucié du secteur automobile – et De Croo lui a suggéré de créer une organisation paritaire rassemblant patrons et syndicats. C’est ainsi qu’EDUCAM a vu le jour. Ses activités se limitaient au départ à la Commission paritaire des entreprises de garage, mais elles se sont ensuite étendues aux Commissions paritaires pour la carrosserie, le commerce du métal et la récupération des métaux. Beaucoup de gens pensent à tort que nous ne nous occupons que du secteur automobile, alors que notre champ d’action est bien plus vaste. Mais c’est un autre débat… Notre mission consistait à mettre en place une politique de formation, ce que nous avons toujours fait de manière proactive. Nous avons donc organisé nos propres formations, et aujourd’hui, nous disposons également de nos propres centres de formation. » 

Le lien avec TRAXIO 

TRAXIO Magazine : Avant d’aborder votre vaste champ d’activité, pouvez-vous nous parler de la relation EDUCAM – TRAXIO ? 

Eric Cortois : « Il faut savoir qu’EDUCAM a été créé par une association de partenaires sociaux dont fait partie TRAXIO. En principe, nous agissons sur les instructions de ces partenaires – qui nous laissent toutefois une certaine latitude dans l’exécution. Il s’agit donc d’une relation hiérarchique, mais pas seulement, car notre activité repose avant tout sur des échanges continus avec le secteur ; le lien que nous partageons avec des acteurs tels que TRAXIO tient donc également de la collaboration. » 

TRAXIO Magazine : Vous semblez considérer la formation comme un domaine assez vaste…

Patrick Bonni : « En effet. Tout d’abord, nous couvrons plusieurs secteurs, du commerce du métal à la carrosserie, en passant bien entendu par les garages, qui représentent une part importante de nos activités. Ensuite, les changements auxquels font face ces secteurs ne se limitent pas aux nouvelles technologies ; ils concernent également la vente, le management et les processus opérationnels des entreprises concernées. Au départ, nous proposions surtout des formations techniques, mais, au fil des ans, nous avons progressivement ajouté d’autres types de formation à notre offre. Nous proposons à présent des modules axés sur le management, la gestion des ressources humaines, la vente, le service à la clientèle et la motivation des travailleurs. Nous restons en outre très flexibles, car chaque entreprise a des besoins différents. Une PME aura par exemple besoin de formations ponctuelles très ciblées, tandis que certains gros importateurs externalisent l’ensemble de leurs activités de formation, de la création de contenu à la facturation à leurs réseaux. » 

Eric Cortois : « Depuis le début de ma carrière professionnelle, le besoin en formations adaptées n’a fait qu’augmenter. À l’heure actuelle, le travail en atelier se complique : les entretiens classiques et les opérations simples se font de plus en plus rares, tandis que les problèmes complexes se multiplient. Dans un tel contexte, les programmes scolaires ne suffisent malheureusement plus. De notre côté, nous connaissons les besoins du secteur. Nous pouvons donc y répondre de manière adéquate. C’est ce qui fait la force d’EDUCAM. En ce qui concerne l’évolution de l’offre de formations, les exemples concrets ne manquent pas. De nos jours, le succès du vélo – et notamment du vélo électrique – est indéniable. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si TRAXIO a intégré ce moyen de locomotion à son champ d’activités. Or, cette croissance entraîne un besoin en formations adéquates. C’est là qu’EDUCAM entre en scène. »

Activités commerciales 

TRAXIO Magazine : La structure d’EDUCAM est un peu particulière, avec, d’une part, l’ASBL EDUCAM Partner et, d’autre part, la SA EDUCAM Service. Pourquoi cette double structure ? 

Paul-Henri Gilissen : « Comme je vous l’expliquais tout à l’heure, nous avons décidé de lancer nos propres formations. Or, pour pouvoir rivaliser avec les autres acteurs du marché, nous devions disposer des mêmes armes. Nous avons donc créé EDUCAM Services, une SA. Notre objectif reste toutefois fondamentalement social : notre but n’est pas d’amasser des bénéfices pour verser des dividendes à une foule d’actionnaires, mais bien de réinvestir chaque euro gagné dans le développement de notre offre afin de mener à bien notre mission de formation. » 

Patrick Bonni : « Nos activités s’inscrivent dans le domaine commercial, mais nous mettons tout en œuvre pour ne pas déséquilibrer le marché. Notre but n’est pas d’exercer un monopole. Nous préférons d’ailleurs parler de “collègues” plutôt que de “concurrents”. Pour nous, chacun mérite sa place au soleil dans la mesure où nous poursuivions tous un objectif commun : offrir au secteur les formations de qualité dont il a besoin. Nous avons même noué des partenariats avec certains de ces collègues, car, pour partager un savoir-faire avec le secteur, il faut d’abord l’acquérir. C’est pourquoi certaines formations sont mises en place en collaboration avec des partenaires externes – ce qui ne diminue en rien le savoir-faire, les compétences pédagogiques et la passion de nos formateurs. » 

TRAXIO Magazine : Le manque de personnel – et de personnel compétent – est un problème récurrent, au sein du secteur comme dans le reste du monde professionnel. Est-ce votre rôle d’y remédier ? 

Paul-Henri Gilissen : « Je pense que oui. Notre rôle est de proposer des formations, et non de rendre le secteur plus attrayant pour attirer des travailleurs. Cela dit, nous contribuons indirectement à mettre le secteur en valeur, puisqu’un employeur qui offre des opportunités de formation à ses travailleurs est toujours plus attractif. C’est un cercle vertueux, car les travailleurs bien formés sont également plus motivés, et donc plus productifs. » 

TRAXIO Magazine : Nous avons jusqu’ici parlé de formations en entreprise, mais, au final, tout commence par l’école. Votre engagement s’étend-il au système éducatif ? 

Patrick Bonni : « Bien sûr, et de plein de manières différentes. Nous proposons des modules de formation spécialisée aux écoles, et le corps enseignant peut également compter sur notre soutien. Nous avons aussi mis sur pied une certification sectorielle : un examen pour lequel les jeunes peuvent s’inscrire par le biais de leur école ou de leur centre de formation. Ceux qui réussissent obtiennent un Certificat sectoriel. Les principaux avantages de cette certification sont que le contenu de l’épreuve est défini en concertation avec le secteur, et que l’examen est le même dans toute la Belgique. Ne vous méprenez pas : cet examen n’est pas une critique de l’enseignement, mais bien une norme destinée à tirer le secteur vers le haut. » 

Entre patrons et syndicats 

TRAXIO Magazine : Comment conciliez-vous les exigences des patrons et celles des syndicats ? 

Géraldine Magalhães : « En tant que collaboratrice TRAXIO et représentante de l’une de ces parties, je pense que je vais pouvoir vous rassurer (rires). En réalité, le problème ne se pose pas, car les représentants des patrons et ceux des syndicats sont conscients de l’utilité et de la plus-value des formations. Les efforts déployés ces dernières années pour que les jours de formation deviennent un droit montrent que chaque partie a su prendre ses responsabilités. Les connaissances de terrain de l’ASBL sont en outre indispensables à la réussite des initiatives d’EDUCAM. » 

TRAXIO Magazine : Les petites et les grosses entreprises voient-elles les formations du même œil ?

Eric Cortois : « Les petites entreprises sont souvent plus réticentes, car, si un travailleur est en formation, il n’est évidemment pas à son poste. Or, ces entreprises ont bien besoin de tous leurs collaborateurs pour assurer leur productivité. Les structures plus importantes peuvent plus facilement se passer d’un collaborateur le temps d’une formation. Cela ne change rien à la plus-value de la formation en question, mais l’approche des entreprises est différente. » 

TRAXIO Magazine : EDUCAM compte aujourd’hui pas moins de 125 collaborateurs. Avez-vous, vous aussi, eu du mal à trouver des candidats qui répondent à vos attentes ? 

Paul-Henri Gilissen : « Nous sommes bien évidemment confrontés au même problème que les entreprises. Heureusement pour nous, notre mission sociale attire de nombreux travailleurs désireux de façonner l’avenir et d’accomplir quelque chose d’important. » 

Patrick Bonni 

« Diplômé en ingénierie industrielle, j’ai travaillé plusieurs années pour une fonderie internationale basée à Liège, ainsi qu’en tant que Directeur général de la formation duale au sein de la Communauté germanophone. J’ai rejoint EDUCAM il y a un peu moins de 6 ans, et j’assume depuis 3 ans la fonction de Director of Sales and Marketing d’EDUCAM Service. L’année prochaine, je devrais succéder à Paul-Henri Gilissen au poste de Managing Director. »

« La formation est un sujet fédérateur. C’est un fait. Tous les acteurs du secteur ont conscience de la plus-value d’une formation en termes de compétences, de développement personnel et d’employabilité des travailleurs, mais également de réussite à long terme des entreprises. Cela suffit à mettre tout le monde d’accord. »

Paul-Henri Gilissen 

« J’ai été représentant pour une marque automobile pendant une dizaine d’années – un poste auquel j’ai vite été amené à organiser des formations. On peut donc dire que la formation a été le grand fil rouge de ma carrière professionnelle. J’ai rejoint EDUCAM en 2010, et je suis aujourd’hui Managing Director d’EDUCAM Service. »

« La mission sociale d’EDUCAM attire de nombreux travailleurs désireux de façonner l’avenir. »

Eric Cortois 

« Dans le secteur automobile, j’ai à peu près touché à tout (rires). J’ai notamment été responsable après-vente chez D’Ieteren et PDG de Sopadis, une société qui gère une dizaine de concessions D’Ieteren. Je suis membre actif de TRAXIO depuis plusieurs années, mais aussi administrateur d’EDUCAM, et, depuis octobre 2019, Président d’EDUCAM Service. »

« Nous connaissons les besoins du secteur. Nous pouvons donc y répondre de manière adéquate. C’est ce qui fait la force d’EDUCAM. Vous voulez un exemple concret ? Le succès du vélo électrique, que nous avions anticipé. »

 

Photo: Jerry De Brie