Mobilité

Les locations court et long termes se rejoignent

14-01-2018

Le fait que les deux secteurs couvert par Renta réalisent de beaux scores ne veut pas dire qu’on se repose sur ses lauriers.  « Rester en alerte est impérieux pour tout marché en évolution”, nous confie-t-on lors d’un entretien avec Frank Van Gool, directeur de Renta, Maria Meyns, President of Renta – Rental Division et Key Account Manager Enterprise Rent-a-Car et Miel Horsten, President of Renta et CEO d’ALD Automotive.

TRAXIO Magazine // Renta représente tant la location à court qu’à long terme n’est-ce-pas ?  Cette combinaison est-elle un choix conscient ou la résultante du hasard ?

Frank Van Gool : “Disons que c’est historique.  Il y a 20 à 25 ans, il existait bel et bien deux fédérations distinctes, jusqu’à ce qu’elles décident d’unir leurs forces.  Pourquoi exactement ?  Je l’ignore, mais souvent certains contacts humains sont à la base de ce type de décisions.  Un bon contact personnel est favorable à la coopération. Ce n’est pas un réflexe d’héberger location à long et court termes sous le même toit.  Aux Pays-Bas ce sont deux fédérations différentes, tout comme en France, mais contrairement au Royaume-Uni où les deux activités sont représentées par une association unique.”

Miel Horsten : “L’idée d’unir les locations à long et court termes dans la même organisation sectorielle devrait être considérée comme visionnaire à l’avenir.  Les acteurs typiques du leasing arpentent de plus en plus le chemin de la location à court terme, tandis que les acteurs du court terme jouent un rôle de plus en plus important dans l’approche de la mobilité au sens large. Dans les faits, les court et long termes se rencontrent de plus en plus souvent.

Frank Van Gool : “Il est exact que les deux activités ont tendance à se rejoindre, la délimitation des produits proposés n’est plus aussi tranchée qu’auparavant.  Mais le marché s’est aussi beaucoup diversifié.  Les voitures partagées en illustrent parfaitement l’exemple.  Ces acteurs occupent une position de plus en plus grande dans la question de la mobilité.  Pour Renta le défi d’y réagir est de taille.”

Chiffres en croissance

TRAXIO Magazine // Commençons par le court terme : comment le marché se porte-t-il ?

Maria Meyns : “Notre marché est clairement en pleine croissance. Ou plutôt, il a renoué avec la croissance parce que les attentats de 2016 l’avaient affecté.  Un autre facteur très favorable est que cette croissance s’exprime dans les différents segments de notre secteur.  Hormis le retail business, nous comptons une importante clientèle corporate.  Le travel connaît une forte croissance dans les deux segments.  Les deux relèvent de la location à court terme, mais le public-cible est foncièrement différent.  Vous savez, nous sommes une espèce de baromètre de la conjoncture.  Lorsque l’économie se porte moins bien, nous sommes les premiers à le constater.  Mais inversément, lorsqu’il y a relance, nous sommes également les premiers à la percevoir.  L’économie reprend, mais les entreprises montrent encore une certaine frilosité à investir.  Ce qui fait de la location à court terme une alternative attractive.  Les produits sont adaptés à de telles circonstances, ce qui illustre bien ce que Miel et Frank viennent d’évoquer.  Il est clairement question de rapprochement.” 

TRAXIO Magazine // Passons maintenant au long terme.  Même question : comment le marché se porte-t-il ?

Miel Horsten : “La croissance est purement et simplement bonne.  Penchons-nous sur le volume flotte, il y est question d’une croissance de 4 %.  En termes de nouvelles commandes, nous réalisons environ +10 %. Un beau score, même s’il est inférieur à celui de l’an dernier, qu’on peut toutefois qualifier de grand cru avec sa hausse de +20 % de nouvelles commandes.  Je suppose que vous allez maintenant me demander d’expliquer la différence entre l’an dernier et cette année (rires) ?  C’est difficile à dire mais on se trouve peut-être face à un phénomène cyclique.  Il y a de ces moments où il faut remplacer plus qu’à d’autres.  La critique et l’incertitude créée autour des voitures de société jouent peut-être un rôle, nous ne pouvons pas l’ignorer.”

TRAXIO Magazine // Peut-on parler d’un véritable problème d’image de marque ? 

Miel Horsten : “Si nous devons en croire les enquêtes sérieuses, certainement pas !  Elles révèlent en effet que la voiture de société est très populaire tant auprès des employeurs que des travailleurs.  Mais le fait est que la presse s’en est fait des gorges chaudes.  Il y a par ailleurs un besoin de se profiler de la part d’hommes politiques de deuxième ordre, généralement peu scrupuleux quant à l’exactitude des faits.  L’on lance des chiffres qui ne reposent sur rien, ou l’on sort les statistiques de leur contexte.  N’oublions pas que la voiture de société sur laquelle on fait toujours feu ne représente qu’un tiers de tous les véhicules de leasing.  C’est un peu une tempête dans un verre d’eau, mais en attendant cela fait couler beaucoup d’encre et suffit à provoquer de l’incertitude sur le marché.  Quid des véhicules hybrides ?  Quid de la pression sur les véhicules au diesel ?  Autant de questions qui poussent au report des décisions.”  

L’importance du remarketing

TRAXIO Magazine // Quelle est l’importance du remarketing pour vos deux marchés ?

Miel Horsten : “Il est purement et simplement question de big business ; le deuxième élément le plus crucial dans le monde du leasing.  Sur ce plan, la Belgique a la chance de jouir d’une situation assez favorable.  Une étude montre que quelque 70 % des anciennes voitures de leasing finissent à l’export.  La problématique du diesel est omniprésente et la part des véhicules diesel dans notre flotte est grande.  Par ailleurs, notre secteur connaît une concentration de véhicules récents qui sont au minimum à la norme Euro 5, ce qui fait que nous bien armés pour l’avenir.  Le marché de l’occasion se porte bien, m’a-t-on dit, même s’il montre des signes d’essoufflement.  En tout cas, plusieurs initiatives visent à inciter les gens à acheter des voitures à essence.  Cette tendance est appelée à se poursuivre.”

Maria Meyns : “Nos cycles sont plus courts, ce qui joue un rôle.  Tout comme sont différents les rapports avec les constructeurs.  Nous travaillons avec des contrats de rachat, ce qui signifie que les voitures sont reprises après un laps de temps suffisamment bref que pour être revendues en tant que voitures de direction.  C’est précisément sur ce marché de l’occasion que le diesel est en difficulté.  Nous devons cependant essayer d’inciter le client à opter pour de l’essence.  C’est à cette condition qu’il y aura correspondance entre, d’une part, l’offre changeante du constructeur au loueur à court terme et, d’autre part, la demande du marché d’occasion et les adaptations qu’attend le client court terme. ” 

TRAXIO Magazine // Nous supposons que le marché de la location à court terme s’essaie à quelques nouveautés, véhicules électriques en tête… ? 

Maria Meyns : “En théorie c’est exact, mais en pratique c’est un peu plus compliqué que cela.  Les produits s’y prêtent, mais nous constatons hélas que la demande n’est pas au rendez-vous.  Et quoiqu’il en soit, notre business suit les desiderata du client.  Nous n’allons pas acquérir une légion de voitures électriques et attendre de voir ce qui se passe.  Tout le monde adopte une attitude expectative.” 

TRAXIO Magazine // Cela fait plusieurs années que l’on observe cette expectative…

Miel Horsten : “Je suis convaincu que nous demeurerons lost in transition jusqu’à au moins 2020.  Nous restons confrontés à une infrastructure insuffisante, les batteries ne donnent pas satisfaction, même s’il y a des améliorations, bref la technologie n’a pas encore réussi l’examen pratique.  On pourrait comparer les véhicules électriques d’aujourd’hui aux premiers GSM de Nokia.  Ce qui veut aussi dire que dans quelques années la voiture électrique offrira un vrai potentiel.”

Frank Van Gool : “Je parie quant à moi que la vraie disruption du marché par les véhicules électriques ne se produira qu’au moment où on réussira à les combiner avec la technologie des véhicules autonomes et des modèles économiques qui rendront rentables le partage de voitures.  Le marché de remplacement type est confronté à un trop grand obstacle : le prix.  Même en tenant compte de l’avantage fiscal, le prix du remplacement « un pour un » devra baisser drastiquement.”

TRAXIO Magazine // Quel regard jetez-vous sur le partage de voitures ? 

Frank Van Gool : “En toute honnêteté, il faut admettre que ces initiatives sont encore en phase expérimentale, tant sur le plan technique, que sur le plan du modèle économique. Comment rendre l’activité rentable ?  Quelle est la clientèle visée ?  N’oubliez pas que ce projet est typiquement urbain, mais qu’il est caractéristique dans notre pays que les gens habitent la campagne et se rendent en ville pour des motifs professionnels.  C’est compliqué, mais cela ne rend pas la question moins passionnante.” 

Miel Horsten : “Le fait qu’à l’heure actuelle il y ait peu de parties capables de rentabiliser le car sharing ne signifie pas qu’il en sera toujours ainsi.  Nous avons remarqué que nos membres tentent l’expérience, certains à l’étranger.  Les choses ne seront pas simples.  Il y a dix ans on disait déjà que posséder un véhicule n’était plus de son temps, mais aujourd’hui cette affirmation ne s’est toujours pas concrétisée.  Nous évoluons vers une mobilité multimodale et je crois dur comme fer aux alternatives, mais alors dans l’habitat approprié.  Le partage de voitures peut représenter une valeur ajoutée dans les villes mais c’est moins le cas pour ceux qui doivent franchir de grandes distances.  L’on voit se développer plusieurs modèles économiques côte à côte, et c’est ce qui rend le futur si passionnant.”

TRAXIO Magazine // Où en sera Renta dans cinq ans ?

Frank Van Gool : “Il y a certaines questions qu’une fédération doit oser se poser, inlassablement.  Où se loge la valeur ajoutée pour nos membres ?  Il ne faut jamais perdre cette question de vue, surtout à un moment où l’élargissement à d’autres acteurs gagne en probabilité.  Il ne faut jamais négliger son public-clé, c’est un point important.  Je suis convaincu qu’au travers de ses relations avec les autorités, notre secteur a un rôle à jouer dans l’orientation de la politique fiscale.  Nous devons aller vers une fiscalité qui met davantage l’accent sur l’usage que sur la propriété.  Et est plus transparente aussi.  Encore un dernier point : notre champ s’élargissant, nos rapports avec des associations comme TRAXIO ou FEBIAC gagnent en importance.  Les activités de leurs membres et des nôtres se rapprochent.  Nous avons tout intérêt à transformer ce chevauchement en une force.”

 

“Souvent les meilleures années surgissent juste avant une grande disruption du marché.  Des statistiques favorables ne doivent pas nous jeter de la poudre aux yeux.”

Frank Van Gool, Directeur Renta

“Chaque génération est différente.  Dans les dépenses budgétaires des jeunes, la communication tient une part très importante, mais à l’époque il n’était pas question de smartphone.  Les voyages aussi occupent une place de choix dans le budget de la jeunesse.  Mais à un jeune âge, la voiture est loin d’être prioritaire.  Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’apprécient pas la voiture de société.  Certains opteront peut-être pour des alternatives, mais ils seraient l’exception qui confirme la règle.”

 

“En tant que partenaire de franchise belge de la plus grande entreprise américaine de location, nous avons bien conscience de la manière dont le covoiturage arrive sur le continent par le Royaume-Uni.”

Maria Meyns, President of Renta – Rental division, Key Account Manager Enterprise Rent-a-Car 

“Cela tient du cliché mais l’hypothèse selon laquelle la mentalité des jeunes a changé, reflète bien la réalité.  Il est exact que, pour eux, posséder une voiture n’est pas très important.  Ils sont moins pressés de décrocher le permis de conduire, c’est un constat.  Mais l’on observe également que, dès qu’ils se mettent à travailler ou qu’ils fondent une famille, la voiture devient indispensable.  Sur ce plan, les choses n’ont pas tellement changé au fil du temps (rires).”

 

“Les nouveaux acteurs apparus sur le marché ne doivent pas induire de réflexe défensif. Au contraire, nous devons y voir les opportunités de croissance qu’ils apportent.”

 Miel Horsten, President of Renta, CEO ALD Automotive

“Notre secteur se caractérise par un changement de mentalité important : alors qu’auparavant nous étions asset-centric, nous devons désormais placer le client au centre de notre attention et devenir customer-centric.  Je suis aussi frappé par l’enthousiasme débordant de nos membres.  Ils sont prêts à expérimenter de nouveaux produits et solutions.  Cette tendance se reflète chez les collaborateurs que nous attirons.  De solides profils qui auparavant optaient pour d’autres secteurs.  C’est là peut-être la source d’optimisme la plus profonde.”



Photo: Daniel Labours