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Meyrem Almaci: La mobilité est une histoire de complémentarité

10-05-2019

« Le débat climatique doit dépasser les clivages politiques », souligne la présidente de Groen, Meyrem Almaci. « Ce n’est que lorsque les parties prenantes en viennent au dialogue qu’il y a moyen d’engranger des résultats. »  L’un de ces détenteurs d’enjeux est TRAXIO, qui n’est pas une inconnue pour Meyrem Almaci.  Elle apprécie particulièrement que les intérêts des membres soient défendus dans une perspective sociale.  Entretien mêlant vélos, énergie durable mais aussi enseignement et voiture-salaire. 

A la suite d’un changement à l’agenda parlementaire nous nous retrouvons à explorer les couloirs du Palais de la Nation.  Pour résumer une longue histoire : la séance plénière de la Chambre avait déjà commencé au cours de la matinée de ce jeudi, à l’instant où la présidente de Groen Meyrem Almaci devait nous recevoir.  Mais pour reprendre les mots de la légende du football Johan Cruijff ‘tout inconvénient a son avantage’.  Au lieu de rencontrer Meyrem Almaci dans un obscur local de fraction, nous la retrouvons dans la prestigieuse salle de lecture – il est des lieux moins agréables.  « Il m’est difficile d’être absente lorsqu’on aborde mes sujets », s’excuse Meyrem Almaci en entrant en coup de vent.  Très juste.  Et en toute franchise, c’est la première fois dans l’histoire de ce Magazine que nous interviewons une personnalité dans ce décor fastueux généralement réservé à la classe politique.

TRAXIO Magazine // Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit en premier lorsque vous entendez le nom TRAXIO… ? 

Meyrem Almaci : « A mes yeux, vous êtes une organisation de défense d’intérêts – j’évite sciemment le terme lobby – qui s’occupe de chaque aspect de la mobilité.  Est-ce à peu près cela (rires) ? »  

TRAXIO Magazine // Tout à fait.  Et cette mobilité nous amène au cœur de l’activité de votre parti ?  

Meyrem Almaci : « Absolument, il ne faut pas sous-estimer l’intérêt du sujet.  Les kilomètres de bouchons qui affligent le pays ne sont pas seulement une source d’inconfort pour les citoyens mais ils ont un coût économique énorme, qui tourne à l’heure actuelle autour de 2 % du PIB.  Le problème est que les gens arrivent péniblement et avec des retards infinis au travail mais aussi que la livraison de marchandises devient toujours plus difficile.  Maintenant le constat du problème est une chose, l’autre étant l’importance d’y apporter une réponse politique cohérente.  Et je mets surtout l’accent sur cette cohérence.  Les solutions doivent suivre une ligne donnée.  Elles doivent être étayées par une vision, absente de nos gouvernements à l’heure actuelle. » 

TRAXIO Magazine // Et chez vous la réponse réside dans le renforcement des transports en commun ? 

Meyrem Almaci : « On peut continuer de sensibiliser et inciter les gens mais tant qu’on ne peut pas leur offrir d’alternative, rien ne bougera.  Je suis usagère cohérente des transports en commun avec pour conséquence que j’en constate quotidiennement les manquements.  Lorsque je dois me rendre le soir à Gand par exemple, je sais pertinemment que je dois quitter à 22.30 heures si je veux prendre le train qui me ramènera chez moi à Anvers.  Greenpeace a mené une étude il y a quelque temps qui révèle que les investissements dans l’infrastructure ont augmenté de 10 % les cinq dernières années alors que les moyens investis dans les transports en commun ont chuté de pas moins de 8 %.  C’est un très mauvais signal que l’on donne là. »  

TRAXIO Magazine // Vous êtes parfois perçus comme le parti des transports en commun par excellence, mais qui dans le même temps se détourne de la voiture… 

Meyrem Almaci : « A tort car nous revendiquons une histoire de complémentarité.  La mobilité tourne autour de la complémentarité.  Il faut également tenir compte de l’ensemble des parties prenantes. »  

TRAXIO Magazine // La question des voitures de société revient avec la régularité du coucou.  Quelle est votre position ?  

Meyrem Almaci : « Le débat autour de la voiture-salaire est en train de tourner au débat idéologique, ce qui signifie qu’il faut d’abord faire la distinction entre les voitures de société au sens strict du terme et les dénommées voitures-salaires, les voitures de leasing donc qui constituent une partie de la rémunération des travailleurs.  Cela dit je comprends parfaitement que l’on ait recours à ces voitures-salaires pour l’avantage fiscal qu’elles présentent par rapport au coût élevé du travail.  Mais tout le monde sait que ce système est intenable.  Groen veut un démantèlement progressif du système, sans intervention sur les contrats en cours.  Et nous voulons octroyer un budget mobilité à 100 % des travailleurs.  Le salaire poche de tous les travailleurs augmentera.  Pour les employeurs nous voulons qu’un salaire en euros soit toujours plus avantageux que sous forme d’une voiture.  Il est un fait que notre pays est le champion des voitures-salaires et de la pollution qu’engendrent les bouchons.  Et nous voulons que cela change. » 

TRAXIO Magazine // Des études montrent pourtant que ces voitures-salaires sont justement les véhicules les plus récents et les moins polluants qui sillonnent nos routes.  C’est précisément le leasing qui limite leur âge à quatre ans.  L’âge moyen des voitures particulières s’élève à plus du double… 

Meyrem Almaci : « Cette affirmation est inexacte.  Ces voitures sont plus puissantes et polluantes que la moyenne et leur kilométrage est plus élevé.  La première étape qui s’impose est de supprimer la carte essence et de la convertir en un salaire plus élevé.  Mais c’est là l’aspect le plus pervers du système.  Je ne suis pas la seule à soutenir cette position, l’OCDE et l’Union européenne partagent le même avis.  La carte essence agit un peu comme une drogue.  Elle incite à rouler davantage, tout simplement parce que cela ne coûte rien.  Un tax-shift des cartes essence est la première mesure à mettre en place. »

TRAXIO Magazine // Un des points figurant à l’agenda de la séance plénière ce matin est l’abaissement de la TVA sur les vélos.  Gageons que cette mesure vous convient parfaitement.

Meyrem Almaci : « C’est un thème qui a fait l’objet d’un vaste consensus et il est évident que nous y adhérons pleinement.  Pourtant, et cela pourrait vous étonner, là n’est pas l’essence du débat (sourire).   Il est beaucoup plus important d’améliorer l’infrastructure cyclable que de réduire la TVA des vélos.  L’infrastructure est au centre de la question.  La réduction de la TVA doit nous inciter à la prudence.  J’espère qu’il n’y aura pas d’objections de l’Europe.  L’avenir nous le dira mais je ne peux que me réjouir lorsqu’on donne un coup de pouce au changement de mentalité. » 

TRAXIO Magazine // Accroître la demande par le biais de l’amélioration de l’infrastructure ? 

Meyrem Almaci : « Le VITO (Institut flamand de recherche technologique) a calculé que chaque tronçon aménagé pour les vélos s’amortit trois fois.  Gand est un bel exemple de la manière dont une infrastructure sûre et faisant la part belle au vélo suscite significativement plus de gens à se déplacer à vélo.  Comme je viens de le dire, la mobilité est une question de complémentarité où le vélo joue un rôle croissant à part entière.  Le fait qu’en tant qu’organisation de la mobilité vous ayez développé une section cycle en dit long. »  

TRAXIO Magazine // Vous faites-vous aussi l’allié de la mobilité électrique ?  En fin de compte, cette énergie doit bien venir de quelque part… ? 

Meyrem Almaci : « A l’heure actuelle nous sommes à un tournant.  Les gens achètent une voiture pour plusieurs années.  Une décision mûrement réfléchie.  Nous devons tout mettre en œuvre pour qu’un maximum de consommateurs abandonnent le carburant fossile car nous avons la qualité de l’air la moins bonne d’Europe et nous devons atteindre les objectifs climatiques.  En ce qui concerne votre question concernant la source de l’énergie électrique, nous revendiquons un recours plus généralisé à l’énergie verte.  Lorsque je constate les progrès réalisés en matière d’énergie renouvelable, je suis plutôt optimiste quant à la faisabilité de nos objectifs.  Mais ils demandent du courage politique. » 

TRAXIO Magazine // Mais le consommateur constate que le prix de l’électricité est en hausse et que rouler à l’électricité coûte plus cher.  

Meyrem Almaci : « Le gouvernement actuel a doublé la facture d’électricité à travers toutes sortes de taxes.  La facture d’électricité s’est transformée en deuxième déclaration d’impôt. Groen veut réduire la facture d’électricité.  Mais à l’instar du vélo, il faudra investir dans l’infrastructure.  La Belgique compte 1 800 bornes de charge mais rien qu’à Amsterdam il y en a 4 000.  Mutatis mutandis l’on peut se poser la même question à propos du CNG.  Il pose également la question du rechargement.   Ce pays a besoin de plus d’ambition et de vision pour éviter à l’avenir de passer encore davantage de temps dans des bouchons polluants. »

« Nouer un vaste dialogue »

« J’apprécie de pouvoir vous rencontrer ici », affirme Meyrem Almaci.  « La politique a beau s’enfermer dans une tour d’ivoire, toutes les instances et secteurs concernés doivent entamer le dialogue.  Les opinions peuvent diverger, certaines priorités reposer ailleurs mais nous devons prendre conscience que nous faisons tous partie d’une même société.  Si la qualité de l’air laisse à désirer, nous sommes tous concernés.  Vos enfants respirent le même air que le mien.  Cela pourrait être une affirmation gratuite mais elle est exacte.  Le climat est trop important pour se laisser piéger dans des contradictions sociales ; au contraire il doit les surmonter.  A ce titre je me réjouis particulièrement de l’appel lancé par 200 CEO en faveur d’une loi-climat.  En tant qu’organisation patronale, vous avez l’obligation morale de remplir votre mission sociale.  Ce j’apprécie au plus haut point que vous le fassiez en respectant l’esprit de la responsabilité sociale. »

Investir dans l’enseignement 

« L’enseignement et le recyclage sont cruciaux pour vos membres », répond Meyrem Almaci lorsque nous la confrontons au constat qu’il y a 3 000 postes vacants chez nos membres.  « Le marché de l’emploi évolue, nous en sommes parfaitement conscients.  Le débat sur l’enseignement, hélas fortement teinté électoralement, fait rage depuis un certain temps déjà.  Je constate par ailleurs qu’on accorde trop peu d’importance aux domaines qui font consensus.  Qui dit ‘a’ doit dire ‘b’.  Bien entendu beaucoup de choses doivent changer mais cela sous-entend des moyens.  Idéologiquement je soutiens le décret M (NDT : décret flamand portant des mesures destinées aux élèves présentant des besoins spécifiques), mais il ne faudrait pas le mettre à exécution en l’absence de moyens. »

CV Meyrem Almaci  

* Née à Sint-Niklaas (1976) 

* Licenciée en Etudes culturelles comparatives (VUB) 

* Chercheuse à la VUB 

* Parlementaire Groen depuis 2007 

* Présidente de Groen depuis 2014 

 

Photo: Jerry De Brie