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Mobility as a Service (MaaS): la nouvelle donne du secteur de la mobilité ?

Ne plus posséder de voiture ou de vélo, mais bénéficier d'une solution organisant vos déplacements de manière optimale qui calcule, d’un simple clic, le trajet sur une app en sélectionnant le moyen de transport le plus approprié à vos besoins. S’agit-il là d’un phénomène de mode exagéré ou d’une tendance que l’on ne peut manquer en tant qu'acteur de la mobilité ?

Des villes adoptent le concept, l'Europe l'appuie de tout son poids, des fédérations actives en matière de mobilité, des constructeurs automobiles, des sociétés de location, des entreprises fintech, des sociétés de transport public… se bousculent littéralement au portillon pour pouvoir participer à l'alliance MaaS, un partenariat public- privé à l'échelle européenne traçant les grandes lignes techniques du concept, mais souhaitant aussi prodiguer des conseils pour l'écosystème (législation, fiscalité, planification urbaine,…) requis pour assurer la réussite du MaaS. 

Rôle central

Dans ce projet, un rôle central est promis à un 'MaaS operator' chargé de rassembler tous les services de mobilité disponibles dans une seule et même plate-forme intégrée qui propose toujours, selon le profil de l'utilisateur, l'offre adéquate grâce à ses données en temps réel. En ce y compris, la fixation du prix et le calcul.

Sur ces entrefaites, divers projets pilotes sont en cours dans quelques villes de Scandinavie et d'Angleterre. Chez nous aussi, plusieurs cités espèrent avec impatience pouvoir compter sur une organisation plus efficace de leurs flux de mobilité. Pour les prestataires de services inhérents à la mobilité, un tel système permettant de récolter des réservations sans effort s'avère aussi très attrayant. Pourtant, il convient d'être prudent. Si nous évoluons vers une position monopolistique du 'MaaS operator', il faudra voir si ce nouveau système sera vraiment bénéfique au consommateur ou au prestataire de mobilité.

Qui financera ?

Sur papier, tout paraît beau et prometteur, mais le consommateur sautera-t-il le pas ? Dans une certaine mesure, le MaaS est un joli nom pour un concept qui existe déjà partiellement, comme les planificateurs d'itinéraires des transports en commun qui vendent également des billets. Les usagers seront-ils disposés à payer le prix de revient réel et qui financera les services du 'MaaS operator' dont la mission consiste à s'assurer que le système tourne correctement ? Au-delà des transports en commun, de nombreux opérateurs privés souhaiteront ajouter leur maillon à cette chaîne de la mobilité, mais non subventionnée. En d'autres termes, ce concept doit faire l'objet d'un business case rentable. Pour l'instant, tous les prestataires espèrent que ce dernier sera positif en raison de l'acquisition de grands volumes.

Il ne faut pas être un économiste expert en mobilité pour comprendre que le débat relatif à la mobilité est à son apogée. Croire aveuglément dans les moyennes est, par exemple, une des raisons qui expliquent les difficultés que rencontrent aujourd'hui les entreprises de partage de véhicules pour franchir le seuil de rentabilité : on affirme qu'un automobiliste utilise sa voiture seulement 4 % du temps et qu'il existe donc un potentiel énorme de réduire les coûts en prônant un usage partagé d'un véhicule. On oublie cependant trop souvent que 80 % des usagers souhaitent emprunter la route au même moment et qu'ils ne sont donc pas prêts à attendre que le conducteur précédent ait consommé ses 4 %. 

One stop shopping

Dans un environnement urbain, le MaaS s'implantera probablement vite. Les prestataires de services de mobilité devront y adhérer, car les consommateurs aiment les solutions one stop shopping pour leurs trajets. Tous les participants seront contraints de fournir leurs données, ce qui octroiera une puissance absolue au 'MaaS operator' qui dirigera le tout. C'est également pour cette raison que de nombreux prestataires de mobilité se montrent intéressés par ce rôle de 'MaaS operator'. C'est d'ailleurs essentiellement ce qui incite les grands noms du secteur de la mobilité à tous vouloir siéger au sein de l'alliance MaaS. Cette période s'annonce palpitante !