Deux-roues

Oxford Fietsen : en tête du peloton cycliste belge

14-11-2018

La marque belge Oxford produit ses vélos dans son usine de Saint- Nicolas depuis 1925.   Au fil du temps l’entreprise est devenue un des fabricants de vélos les plus importants du pays.  TRAXIO s’est rendue en Flandre orientale pour jeter un coup d’œil en coulisses et a été reçue par Eddy Van Den Berghe, le petit-fils du fondateur. 

En fait l’histoire d’Oxford remonte même avant 1925, raconte Eddy Van Den Berghe.  « Mon grand-père s’était probablement déjà lancé dans l’assemblage de vélos et l’import-export de pièces de rechange aux Pays-Bas en 1914.  Je dis bien « probablement » car il n’existe plus aucun document officiel en attestant.  Mon père a repris l’affaire en 1925 et a poursuivi l’activité de manufacture de vélos.  Quant à moi je suis entré dans l’affaire en 1965 et cette même année, nous avons déménagé sur la Grand-Place de Saint-Nicolas.   A l’origine, mon frère aîné et mon beau-frère travaillaient également dans l’entreprise qu’ils ont quittée au bout d’un certain temps.  Rapidement l’établissement de la Grand-Place s’est avéré trop exigu et après une escale à Driekoningen, nous avons finalement pris possession du terrain que nous occupons aujourd’hui dans le zoning industriel de Saint-Nicolas.  Depuis, nous avons construit des annexes et nous nous sommes agrandis à cinq reprises. » 

L’électrique, heureusement… 

Oxford produit actuellement quelque 35.000 vélos par an, dans pratiquement tous les segments, du vélo de ville en passant au vélo de randonnée en passant par les vélos pour enfants, sans oublier les vélos électriques.  L’entreprise fait aussi régulièrement office d’OEM ou original equipment manufacturer de vélos de société ou vélos partagés que l’on retrouve dans de nombreuses villes.  « A l’heure actuelle les vélos électriques représentent déjà près de la moitié de nos ventes », affirme Eddy Van Den Berghe.  « Ce n’est qu’en raison du segment scolaire que nous n’avons pas encore franchi la limite de 50 %.  Par ailleurs, les gens ne savent pas que le nombre de vélos qui se vend en Belgique recule d’année en année et c’est justement grâce au segment des vélos scolaires où le recul est le plus faible que nous nous stabilisons, mais globalement les ventes sont en perte de vitesse...  De nombreux manufacturiers ont compensé ce recul par le prix moyen nettement plus élevé auquel se vendent les vélos électriques.  Cela nous permet d’atténuer la douleur.  La tendance est même encore plus prononcée aux Pays-Bas que chez nous. » 

Oxford n’est d’ailleurs qu’une partie du groupe.  Parallèlement, notre filiale VDB Parts est grossiste en pièces pour vélos, nous possédons notre propre marque de vélos de course (Zannata) et nous assurons la distribution des vélos de course Kuota dans le Benelux.  L’entreprise compte 48 travailleurs (auxquels il convient d’ajouter les nombreux intérimaires qui viennent renforcer l’équipe au printemps et en été) et le chiffre d’affaires consolidé s’élève à près de 30 millions d’euros. 

Marché morcelé 

Van Den Berghe est assurément un des grands acteurs belges.  «Oui, mais le marché du cycle est très morcelé », commente Eddy Van Den Berghe.  « Il est difficile de trouver des statistiques et encore plus compliqué des statistiques fiables.  A l’heure actuelle, il existe un certain nombre d’entreprises établies, mais l’on assiste aussi à l’envol de petites startups qui se lancent sur le marché et sont surtout attirées par le succès des vélos électriques.  Vont-elles toutes subsister ?  Je n’en mettrais pas ma main au feu.  Beaucoup de gens pensent : « Ah, nous devons construire des vélos électriques car il y a de l’argent à gagner » mais croyez-moi, ce n’est pas une branche facile.  Il faut que la qualité soit constante, mettre régulièrement à jour son offre, être capable d’effectuer des réparations… je vois même certaines entreprises faire leur pub à coup de « réparations gratuites à domicile ».  J’attends de pied ferme celui qui pourra m’expliquer la logique économique d’une telle pratique (rires) !  Cela dit, la vente directe au client final ne nous tente absolument pas, nous croyons au vendeur professionnel. » 

Belgique championne 

Encore une promesse d’Eddy Van Den Berghe : la production d’Oxford restera en Belgique.  « Nous choisissons la Belgique parce que nous voulons être plus qu’un simple importateur », dit-il.  « Délocaliser à l’étranger signifie aussi qu’avec la production, on perd le savoir-faire, lequel se retrouve en Chine ou en Europe de l’Est.  A la longue, on perd aussi son identité.  C’est perceptible. A peu près tous les vélos fabriqués là-bas pour le marché européen sont identiques.  Seule la couleur est différente. En outre, je ne suis pas convaincu que ce type de vélo coûte beaucoup moins cher.  En y ajoutant les frais de sous-traitance, de transport, d’envoi régulier de gens sur place, … on réduit de beaucoup l’avantage pécuniaire.  De plus, le système n’est pas souple.  Il nous arrive parfois de devoir répondre avec flexibilité et rapidité à la demande d’un client, surtout en tant qu’OEM.  Impossible lorsque le vélo passe six, voire sept semaines sur un navire avant d’arriver ici. »  

Contrôle kafkaïen 

Il y a quelques mois, Oxford a eu l’occasion d’annoncer une belle primeur.  L’entreprise est devenue le premier fabricant de vélos belge à réussir à faire homologuer son propre Speed Pedelec, un vélo électrique qui atteint une vitesse de pointe de 45 km/h.  « Cette procédure nous a fait verser du sang et des larmes », expose Eddy Van Den Berghe.  « Nous avions déjà lancé ce projet il y a plusieurs années, mais parce que nous réalisions un véritable boulot de pionnier, nous avons dû tout tirer au clair et tout régler par nous-mêmes.  En réalité, ce fut un calvaire administratif qui nous a coûté fort cher.  Finalement nous avons dû faire effectuer le contrôle suivant les nouvelles normes européennes en Allemagne, parce qu’en Belgique personne n’en était capable.  Après quoi s’est déchaîné le débat autour de la question de savoir si un vélo contrôlé en Allemagne pouvait circuler en Belgique (rires).  Ensuite nous avons eu des problèmes de carte rose et de tampons douaniers… et j’en passe et des meilleures.  Finalement tout est bien qui finit bien mais ce fut réellement kafkaïen. »

En bref 

Date de création : 1914

Secteur : Production de vélos

Coordonnées du siège : Industriepark-Noord 24, 9100 Saint-Nicolas

Nombre d’établissements : 1

Effectif du personnel : 48 (hors intérimaires)

Chiffre d’affaires : +/- 30 millions d’euros

 

Photo: Benjamin Brolet