Mobilité

Patrick Godart: Même à l’ombre cela peut chauffer

Dans le business des véhicules utilitaires les projecteurs sont toujours braqués sur les statistiques de vente des véhicules neufs et les entreprises dotées de grands parcs automobiles susceptibles de se transformer en acheteurs des marques dont les quotas de production ne cessent d’augmenter d’année en année.  Dans ce monde de chiffres étourdissants, le négoce d’occasion est considéré comme le cousin pauvre.  A tort d’ailleurs car les ventes de véhicules neufs crachotent en l’absence de transition vers une deuxième vie.

Patrick Godart est une personnalité aux talents multiples dont la passion pour la branche automobile est profondément ancrée.  Il a fait des études d’architecte d’intérieur à Saint-Luc à Bruxelles tout en se sentant attiré par la photographie, intérêt qui l’a mené au campus Narafi tandis qu’il suivait des cours du soir en technique automobile.  C’est finalement la technique automobile qui l’a emporté car il y a 38 ans il décrochait son premier emploi dans une concession Ford située à Lennik.

« La vente traversait une crise, ce qui m’a valu d’être mis à contribution sur tous les fronts, se rappelle-t-il.  Hormis la vente, je prêtais aussi main forte au magasin et même à l’atelier et j’accompagnais faire des dépannages.  Mais j’ai pu rester et ai eu l’occasion de gravir les échelons jusqu’à premier vendeur.”  Fort atteint par le virus de l’automobile Patrick Godart avait donc survécu à son baptême du feu dans la branche.  Ce qui l’incita à démarrer un négoce d’occasion en plus de son activité principale, négoce d’occasion qui devint son métier à part entière au bout de deux ans. 

Sensible aux tendances 

En 1996 DAF lançait un projet de reprise de véhicules et Patrick Godart en était.  Un centre d’occasions ouvrait à Malines qui négociait annuellement quelque 600 poids lourds.  En 2007 la crise qui allait bientôt frapper était déjà palpable.  « J’ai fait le pronostic du seuil de rentabilité.  On m’en a voulu pour cela mais en 2008 se produisait le crash.  J’étais convaincu qu’il y avait de la place pour deux concessions dotées d’un département occasions mais personne n’a osé se lancer et j’ai décidé de quitter DAF. »

En avril 2008 il entamait sa carrière chez Willy van Doorne International holding, derrière l’établissement de Wijnegem : “J’ai eu l’occasion d’utiliser l’expérience et les connaissances acquises dans la vente et de développer un département de support pour les concessions DAF de la holding. » Dif-Rent, dont Patrick Godart assure aujourd’hui la direction, fait également partie de cette holding et réalise plus de 400 opérations d’achat et de vente par an ainsi que la location de quelque 400 véhicules, tant en Belgique qu’à l’international. 

Consommation contre mobilité 

Le secteur du transport se caractérise par un grand risque économique, ce qui influence directement les statistiques de vente.  Le rachat de véhicules est devenu une pratique généralisée exigée par les acquéreurs de matériel neuf.  « A l’heure actuelle, le marché des véhicules d’occasion est très limité, commente Patrick Godart.  Lorsque la Russie ouvrira de nouveau son marché, cela produira un effet d’aspiration gigantesque.  Un poids lourd de cinq ans d’âge de chez nous est considéré comme hypermoderne là-bas. »  Notre interlocuteur n’entrevoit pas vraiment d’avenir pour les poids lourds alimentés au gaz (LNG).  En revanche il en voit un pour la propulsion à base de piles à combustible et d’hydrogène.  « N’oublions pas que le biodiesel donne d’excellents résultats dans le cadre de la conformité avec la norme d’émission Euro 6 », souligne Patrick Godart. 

« Tant que nous vivrons dans une société de consommation, nous serons en proie aux problèmes de mobilité avec le risque que la situation périclite un jour.  La société de consommation relance la concurrence, ce qui mène au transport à vide partiel et à la hausse de la pression sur les prix dans le monde du transport.  La tendance est encore plus prégnante pour les véhicules utilitaires légers.  Une solution pourrait consister à taxer le transport à vide plutôt que d’imposer la redevance kilométrique, mesure qui serait bénéfique à la mobilité et réduirait les émissions.  Le résultat de la pesée automatique du véhicule comparé au poids à vide enregistré est parfaitement faisable. »

Profil

Age : 60 ans tout juste

Fonction : directeur chez DIF-RENT

Formation : architecte d’intérieur

1er job : en 1982 comme vendeur dans une concession Ford

Hobby : faire du vélo

Voiture ou moto de ses rêves : moderne et au style affirmé ou un ancêtre

Destination préférée : l’Europe du Sud

Boisson favorite : une bonne petite bière, un petit vin exceptionnel mais aussi un verre d’eau bien fraîche

Ambition dans 5 ou 10 ans : poursuivre sa quête de solutions créatives

 

Photo: Benjamin Brolet