Mobilité

TAE: « Nous ne vendons pas de produits mais des solutions »

30-03-2020

En plus de quatre décennies, TAE est devenu un concept dans l’automobile.  L’offre de services et produits ne fait que croître mais certaines choses sont immuables.  Le sens du service, le savoir-faire mais aussi – et surtout – la dimension familiale.  Entretien avec le CEO Michel Vervekken.

Nous avons rendez-vous avec le CEO Michel Vervekken au siège de TAE situé dans la Zone de Recherche de Zellik, à proximité du ring de Bruxelles.  Qui se trouve être la maison-mère et base de l’entreprise depuis près de 30 ans.  Une situation géographique centrale qui a son importance sachant que les clients sont dispersés sur tout le territoire national.  « A l’origine, nous étions établis à Molenbeek, mais arrivés à un point nécessitant de nous étendre, nous avons décidé en 1989 de déménager à Zellik », explique-t-il.  « D’ailleurs cette zone d’activités est peu un Green Energy Park, cogéré par la VUB et ayant pour ambition d’être un centre de recherche en matière d’énergie et de transition vers la mobilité durable.  Depuis, TAE a connu de nombreuses expansions.  Lorsque nous avons choisi de nous établir ici, nous savions que cela faisait partie des possibilités ».

Lorsque le déménagement a eu lieu, Michel Vervekken ne travaillait pas encore dans l’entreprise créée en 1977 par son père Léon.  « En soi, j’ai su très tôt qu’un jour je marcherais sur les traces de mon père, mais avant de reprendre l’affaire il me semblait utile d’acquérir de l’expérience ailleurs », affirme Michel Vervekken.  « Et c’est exactement ce que j’ai fait, aux Etats-Unis.  Finalement, en 1993, j’ai franchi le cap, au départ comme responsable de la division Euroline, une plate-forme européenne de distribution des appareils et outillages officiels homologués du réseau Opel.  Je suis ensuite devenu directeur commercial avant d’occuper la fonction de CEO, en 2003. Mon frère Johan travaille également dans l’entreprise où il exerce la fonction de CFO.  Et cela fait déjà un quart de siècle que cette bonne entente perdure dans la complémentarité. » 

Une grande diversité d’activités 

« A l’origine, nous avons débuté comme spécialistes du diagnostic moteur », explique Michel Vervekken.  « A l’époque, nous avions un partenariat avec la marque BEAR, célèbre pour son ourson jaune et noir.  Mais les choses n’en sont pas restées là.  En 1980, nous avons livré nos premiers appareils de mesure d’émissions aux centres de contrôle technique.  Et au fil du temps, les centres de contrôle technique sont devenus un client toujours plus important pour nous.  BEAR proposait également des produits pour la maintenance de roues, ce qui nous a incités à élargir notre palette d’activités.  Fort de notre expérience avec les centres de contrôle technique, nous sommes parvenus à décrocher les bancs d’essai pour frein, suspension et dynamomètres de MAHA, déjà leader mondial dans ce secteur à l’époque.  Et depuis ce rôle n’a fait que se renforcer.  Lorsqu’en 1990 nous sommes devenus les pionniers de l’import d’appareils de climatisation du leader mondial ROBINAIR, les gens nous ont déclarés fous car, à l’époque, rares étaient les voitures dotées de la climatisation...  Ensuite ont suivi les ponts élévateurs, appareils d’aspiration de gaz d’échappement, compresseurs, et distributeurs d’huile, air, eau et huile.  Précisément grâce à ces expansions, il y a un quart de siècle, nous avons été à mêmes d’assurer l’aménagement total des ateliers.  A l’heure actuelle, notre équipe compte des designers ainsi que des chefs de projet et de chantiers expérimentés.  Mais ne vous méprenez pas, notre fichier clientèle est très diversifié : centres de contrôle technique, spécialistes du pneu, grands groupes de concessions, petits acteurs indépendants, couvrant tant le domaine des voitures que celui du poids lourd, des motos et des machines agricoles ».  Michel Vervekken voit-il du potentiel dans une nouvelle expansion ?  « Dans un certain sens oui.  Nos clients attendent un service irréprochable.  En outre, nous proposons principalement des produits haut de gamme, et le moyen de gamme offre peut-être encore quelques perspectives.  C’est aussi une des raisons pour lesquelles nous avons créé FAST (voir plus loin). 

Le service et l’expertise gravés dans notre ADN 

Malgré tout, TAE demeure une entreprise familiale dont la deuxième génération est aux commandes.  Quel est le poids de cette dimension familiale de nos jours ?  « Mon frère et moi avons été nourris au lait de la qualité du service », s’amuse Michel Vervekken. « ‘Le service avant tout !’, tel fut le principe numéro un lorsque mon père a créé son entreprise en 1977.  L’ADN de l’entreprise en porte encore les traces à l’heure actuelle.  Ce principe joue un rôle dans toutes les décisions importantes que nous avons à prendre, que ce soit un investissement ou l’embauche de collaborateurs passionnés.  Il faut que tout le monde soit partant, sans quoi on sape sa propre affaire.  On pourrait considérer le fait qu’ici on écoute beaucoup les gens comme une expression du caractère familial de l’entreprise.  Ainsi nous impliquons activement les collaborateurs dans des groupes de travail.  Nous leur laissons beaucoup d’autonomie, que nous associons à un sens aigu de la responsabilité ».

Le savoir-faire accumulé, nous tenons à le partager moyennant notre centre de formation, agréé par les autorités publiques.  A titre d’exemple, nous dispensons des formations en certification de climatisation et en maintenance de roues et pneumatiques sur mesure. 

Ancrage national

TAE est réputée comme étant une entreprise belge de premier ordre.  Elle n’a qu’un seul établissement dans la zone d’activités et de recherche de Zellik.  N’avez-vous jamais eu la tentation d’aller à l’international ?  « Nous avons bien les pieds sur terre à ce propos », souligne le CEO Michel Vervekken.  « De temps en temps, une demande nous parvient de l’étranger, mais nous la confions à des collègues qui exercent sur le marché en question.  Et une bonne raison explique pourquoi nous ne relevons pas pareil défi.  Nous ne vendons pas un produit mais une solution, ce qui est difficile à réaliser sur un marché international.  N’oubliez pas que tout est fait maison, avec nos 85 collaborateurs, hormis les travaux de terrassement.  Il est quasiment impossible d’appliquer ce principe à l’international, l’investissement serait colossal.  Nous nous retrouverions de facto avec un réseau de sous-traitants.  En soi, c’est peut-être courant dans des pays comme la France ou l’Allemagne, mais cela ne correspond pas à notre culture d’entreprise. » 

Embaucher les bons profils 

Le problème est récurrent dans le secteur : comment embaucher et fidéliser les bons profils ?  Comment TAE s’y prend-elle ?  « Vous ne m’entendrez pas prétendre que c’est une tâche aisée », répond Michel Vervekken.  « Par ailleurs, j’exagérerais si je vous disais que c’est une grosse épine dans le pied.  Nous tombons régulièrement sur les bons profils grâce au bouche-à-oreille.  Le fait d’être connu, tout comme notre culture d’entreprise, joue à notre avantage.  Mais le fait que ce que nous proposons aux gens est attractif reflète aussi la réalité.  Nous comptons parmi nos collaborateurs plusieurs personnes passionnées par le domaine automobile mais sans avoir nécessairement l’envie de travailler dans un garage.  Nos installateurs et techniciens passent le plus clair de leur journée sur la route et nous leur offrons le maximum de flexibilité possible.  Et le constat est là : cette confiance est appréciée. » 

La consolidation du marché 

L’expérience que Michel Vervekken a acquise dans le secteur fait de lui la personne parfaite pour esquisser les principaux changements à venir.  Qu’est-ce qui le frappe avant tout ?  « Une tendance importante se dessine depuis quelques années : la consolidation des acteurs », répond-il. « Cette tendance fait que le secteur compte moins de ‘propriétaires’.  Le besoin d’un partenaire fiable qui fonctionne davantage comme un « one-stop-shop » s’impose.  Ce qui me frappe personnellement, et je ne me limite pas au marché mais me réfère plutôt à notre business au quotidien, est la tendance croissante à la spécialisation.  Impossible de tout savoir dans une réalité où les choses deviennent plus complexes.  Cela se reflète dans notre organigramme subdivisé en plusieurs unités d’activité.  Voilà un facteur dont nous devrons tenir compte en matière de recrutement.  Où affecter qui ?  Cette question a gagné en pertinence au fil du temps. »

Une tendance à la consolidation accrue chez vos collègues concurrents, chez les fournisseurs aussi et côté clients, le fait que les dernières années ont été agitées.  « C’est exact, mais en soi, cela n’impacte pas significativement notre mode de travail », réplique Michel Vervekken.  « Indépendamment des évolutions du secteur garage, il faudra toujours fournir un support, dans chaque segment d’ailleurs.  Bien entendu, l’avenir n’est pas dépourvu d’incertitudes.  En quoi investir constitue notamment une question récurrente.  Raison pour laquelle le support, dans toutes les significations du terme, est si important. » 

« L’engagement est une évidence » 

Depuis la dernière édition d’ AutoTechnica, Michel Vervekken préside le salon.  « En cela aussi on peut parler de tradition familiale », s’exclame-t-il en riant.  « C’est mon père qui a assuré la présidence pendant de nombreuses années.  Notre entreprise est d’ailleurs présente à AutoTechnica depuis la toute première édition, il y a près de 40 ans.  Toute une tradition lorsqu’on sait que notre entreprise a fêté ses 42 ans.  Le salon a toujours été un moment de rencontre important, et nous attachons beaucoup d’importance à ce facteur, même, et peut-être surtout, dans notre ère digitale.  N’oublions pas qu’ AutoTechnica est presqu’un cas unique.  Non seulement il s’agit de la plus grande foire du genre dans le Benelux, mais elle réalise un bon score à l’échelon européen.  Je pense qu’on peut la classer tout de suite après les salons de Francfort, Paris et Bologne.  Ce n’est pas anodin d’ailleurs car, si dans beaucoup de pays des événements comme celui-ci sont en déclin, en Belgique, on constate l’inverse.  Notre engagement vis-à-vis d’ AutoTechnica s’inscrit d’ailleurs dans une perspective plus large.  Que nous sommes engagés auprès de TRAXIO, comme auparavant dans FEDERAUTO, est une évidence.  A l’instar de mon engagement dans l’European Garage Equipment Association.  Il faut monter au créneau et défendre ses intérêts car en tant que secteur, il vaut mieux unir nos forces que se montrer divisés.  De nos jours plus que jamais. » 

Quelques chiffres-clés

Effectif du personnel : 85 

Effectif des clients : 16.700 

Superficie des bâtiments : +/- 5.500 m² 

Composition de la flotte : 31 voitures particulières, 36 camionnettes et un utilitaire lourd 

Nombre d’appareils vendus : 40.786 

Une deuxième entreprise dénommée FAST 

« Il y a quelques années, nous avons créé une nouvelle entreprise dénommée FAST (abréviation de Future Automotive Solutions) au sein de TAE », explique Michel Vervekken. « C’est notre réponse à la réalité actuelle du marché.  Chez TAE, nous utilisons généralement des procès plus longs, des missions assorties d’un accompagnement intégral.  Mais pour les clients demandeurs de plus petits produits, disons un testeur de batterie, les choses doivent aller plus vite.  Nous ne cachons pas que FAST est un dérivé de TAE.  C’est une manière de renforcer la fonction one-stop-shop de notre entreprise.  En outre, nous voyons en FAST une espèce d’incubateur de nouveaux produits, le F de 'future' n’a pas été choisi par hasard (rires).   Je suis convaincu que FAST offrira encore bien des perspectives, surtout en vue de l’expansion de l’électrification automobile. » 

 

Photo: Benjamin Brolet