Dossier Mobilité Matériels pour l'automobile et outillage

Travailler en toute sécurité sur les voitures électriques

De plus en plus de véhicules électriques et hybrides circulent dans notre pays.  Les entretenir et les réparer suppose bien entendu de disposer des connaissances spécialisées.  Que comportent les programmes de formation et qui peut obtenir un certificat ?  Paul-Henri Gilissen et Sjoerd Zijlstra, respectivement Managing Director et Director training chez EDUCAM, nous expliquent.

Les voitures électriques et hybrides sont dotées de batteries et de systèmes de propulsion sous tension, parfois de plusieurs centaines de volts.  Ceux qui s’aventureraient à intervenir sur ce type de véhicules sans disposer des compétences requises se mettraient en danger, voire même en danger de mort.

« Dans notre pays, l’organisation du travail sur des véhicules électriques et hybrides fait l’objet d’un cadre légal, » affirme Paul-Henri Gilissen.  « Il y a quelques années, les partenaires sociaux ont convenu d’une structure de qualification basée sur les travaux à effectuer.  « La responsabilité de l’organisation du travail dans son entreprise incombe toujours au chef d’entreprise qui décide de qui fait quoi. »

HEV en trois étapes

La norme HEV, l’abréviation de « Véhicules hybrides et électriques », a été créée pour organiser cette certification.  « Un travailleur détenteur du certificat HEV 1, est un travailleur que nous qualifions de “sensibilisé”, » affirme Sjoerd Zijlstra.  « Il peut effectuer les mêmes travaux sur les véhicules électriques que ceux qu’il effectue sur les autres voitures, mais ne peut pas toucher au système de haute tension de la voiture.  Il peut par exemple réaliser sans problème la géométrie des roues.  Mais il ne peut sous aucun prétexte remplacer la batterie sous haute tension du véhicule. »

Le collaborateur HEV 2 peut franchir un pas de plus.  « C’est ce que nous appelons un collaborateur “compétent”, » explique Sjoerd Zijlstra.  « Il sait comment est construit un véhicule électrique ou hybride, connaît les risques d’intervention et procédures à appliquer pour le faire en toute sécurité.  Ce collaborateur peut intervenir sur des composants électriques, après avoir mis le circuit électrique hors tension.  Il a été formé pendant au moins un jour et demi à des compétences spécifiques et doit passer des examens théorique et pratique. »

Collaborateurs spécialisés 

Le troisième groupe se compose en toute logique des travailleurs HEV 3.  Sjoerd Zijlstra : « Il s’agit des “collaborateurs spécialisés” qui peuvent intervenir sur le système sous tension.  L’on n’atteint ce troisième niveau qu’à condition d’avoir obtenu le certificat HEV 2.  Cette formation approfondit la matière et les personnes qui l’ont réussie peuvent travailler sur tous les composants de la voiture, même lorsqu’ils sont sous tension.  S’ils doivent par exemple démonter une batterie défectueuse, ils sont à mêmes d’effectuer ce travail en toute sécurité. »

Chaque intervention sur le système de haute tension d’un véhicule électrique ou hybride obéit au principe de l’observation des prescriptions du constructeur, affirme Paul-Henri Gilissen.  « Chaque constructeur a clairement décrit ces procédures de travail pour tous ses modèles.  Pour les mécaniciens, il est donc primordial qu’ils consultent et respectent ces procédures à la lettre.  Autre évidence : lorsqu’on intervient sur un véhicule électrique, toutes les autres prescriptions de sécurité générale doivent être appliquées. »  Paul-Henri Gilissen ajoute qu’EDUCAM dispose d’une version spéciale du cours réservée aux carrossiers.

Volt ou ampère ?

En 2019, EDUCAM a organisé 80 sessions pour aider les écoles à ce que leurs élèves obtiennent le certificat HEV.  « J’estime que nous avons touché quelque 700 élèves », commente Paul-Henri Gilissen.  « Il s’agit principalement de formations HEV 2 mais aussi HEV 1.  Bien entendu il y a des critères d’admission pour le certificat HEV 2.  Il va sans dire que les élèves doivent déjà disposer des connaissances de base en électricité.  S’ils ne font pas la différence entre volt et ampère, ce n’est pas une bonne idée de travailler sur un véhicule électrique (rires). »

Si les écoles connaissent bien EDUCAM c’est parce que la plupart ne disposent pas des voitures électriques (coûteuses) pour s’exercer.  EDUCAM les a.  « Nous achetons des voitures et les composants y afférents », affirme Sjoerd Zijlstra.  « Mais il nous arrive également de développer nous-mêmes du matériel didactique, des kits de simulation pour découvrir de nouveaux composants par exemple. » 

Déjà 20.000 travailleurs

A ce jour, dans notre pays, quelque 20.000 travailleurs ont décroché un certificat HEV.  Près de 8.500 personnes sont porteuses du HEV 1, 11.800 du HEV 2 et un peu plus d’une centaine est le fier détenteur du certificat HEV 3.  Ce n’est pas mal du tout pour un secteur qui emploie quelque 30.000 travailleurs.  Tant Sjoerd Zijlstra que Paul-Henri Gilissen sont d’ailleurs convaincus que ces chiffres vont encore croître maintenant que l’émergence des véhicules électriques et hybrides se poursuit durablement.  EDUCAM n’est d’ailleurs pas le seul organisme de formation.  Une douzaine d’autres opérateurs dispensent des formations sous la supervision d’EDUCAM.  « Tous appliquent les mêmes normes et organisent les examens au même moment », précise Sjoerd Zijlstra.  « Toutes les compétences minimums sont décrites avec précision.  Les partenaires de formation conservent cependant la liberté de suivre entièrement notre curriculum ou de développer leur propre formation. »

Hydrogène

Même si les formations sur l’intervention en toute sécurité sur des voitures électriques font partie de la routine, nous investissons en permanence dans l’actualisation des formations.  Sur ce plan, EDUCAM a déjà une ardeur d’avance.  « Nous sommes en pleins préparatifs de l’enseignement du travail sur les voitures à hydrogène et à pile à combustible », explique Paul-Henri Gilissen.  « De nouveaux accords seront fixés dans une prochaine CCT.  Quant aux piles à combustible, elles combinent les risques d’un véhicule électrique à ceux d’une voiture à hydrogène.  L’approche est par conséquent tout à fait particulière.  Parmi les nouveautés dans le domaine des interventions sur les voitures à hydrogène citons par exemple les adaptations indispensables des ateliers sur le plan de la ventilation, de la détection et de l’évacuation de l’hydrogène.  L’avenir nous réserve encore une foule de défis. »

Initiative 100 % belge

Il est important de souligner que le certificat HEV est une initiative 100 % belge.  Il existe bien entendu des formations dans d’autres pays qui enseignent comment travailler sur un véhicule électrique, mais chaque pays les organise à sa guise.  Il n’existe pratiquement aucune directive qui règle la matière à l’échelon européen.  « Un carrossier allemand n’apprend pas tout à fait la même chose qu’un carrossier belge, il est vrai », affirme Paul-Henri Gilissen.  « Ceci dit, la nature du travail et des risques est la même partout.  Les manuels des constructeurs ne sont pas écrits sur mesure pour chaque pays.  Chaque manuel précise d’ailleurs clairement qu’il convient d’observer les règles locales. »

« Nous enseignons par ailleurs à un public plus large que les seuls collaborateurs des garages », ajoute Sjoerd Zijlstra.  « Il y a quelques années par exemple, nous avons élaboré une formation avec le SPF de l’Intérieur qui enseignait aux pompiers comment appréhender un véhicule électrique accidenté.  Nous avons formé les formateurs qui ont à leur tour formé les hommes du feu ‘sur le terrain’ ».