Dossier Mobilité

Un marché stable avec beaucoup d’incertitudes

11-03-2019

Les ventes ont plutôt augmenté en 2018, mais les évolutions tous azimuts de la fiscalité et de la réglementation ont accru la volatilité du marché et l’indécision. 

Ce qui pourrait peser sur les ventes en 2019, surtout si les élections ne débouchent pas sur davantage de stabilité. Tour d’horizon  avec trois acteurs-clés du secteur.

  • Frank Van Gool est directeur général de Renta, la Fédération belge des loueurs de véhicules
  • Jean-Marc Ponteville est chargé de relations publiques chez D’Ieteren Auto
  • Paul-Hervé Polet est directeur opérationnel du Groupe Schyns 

En quelques mots, comment qualifieriez-vous l’année 2018 pour le marché automobile en Belgique ?

Frank Van Gool : 2018 a été une année très positive pour les ventes de voitures de société.

Jean-Marc Ponteville : Une bonne année pour les marques du groupe.

Paul-Hervé Polet : Le marché est resté stable dans notre zone tant au niveau des véhicules particuliers que des utilitaires.

L’année a été marquée par l’entrée en vigueur des premières zones à basses émissions à Bruxelles et Anvers, du WLTP et par le durcissement de la fiscalité sur le diesel. Quelle influence avez-vous observé en termes de ventes ?

Jean-Marc Ponteville : Les clients ne savent plus vraiment quel type de motorisation privilégier. Mais ils redoutent l’évolution de la fiscalité sur le diesel. La diabolisation de ce carburant a complétement changé la donne par rapport à 2011 quand même ceux qui roulaient peu achetaient du diesel.

Paul-Hervé Polet : Le WLTP a clairement perturbé les ventes durant le second semestre. Nos marques du groupe PSA étaient prêtes à temps et nous avons pu profiter de la demande pour les véhicules à maximum 105 g de CO2.

Frank Van Gool : Dans les voitures de société, on observe une tendance à la descente en gamme. Les grandes voitures pèsent fiscalement souvent lourd sur le budget. Il y a une évolution vers de plus petites voitures à plus faible taux de CO2, mais très bien équipées.

Pensez-vous que la dédielisation va se poursuivre ?

Frank Van Gool : Les gens ont peur d’acheter du diesel aujourd’hui parce qu’ils craignent d’être lourdement taxés dans le futur. Au niveau des valeurs de revente, les sociétés de leasing assument par contre les risques, cela ne pose donc pas trop de problèmes. Malgré tout, je pense que les moteurs diesels pourraient grignoter quelques parts de marché en 2019. Le diesel reste une motorisation émettant moins de CO2 et avantageuse pour ceux qui font beaucoup de km, surtout avec les nouvelles normes Euro 6d.

Globalement, comment voyez-vous évoluer le marché en 2019 ?

Jean-Marc Ponteville : On s’attend à une légère baisse des ventes au niveau national. L’évolution du marché est étroitement corrélée à l’économie qui donne plutôt des signes de ralentissement. La dégradation de la conjoncture en Europe freine les entreprises. Du côté des particuliers, on observe une grande hésitation.

Paul-Hervé Polet : Nous ne prévoyons pas d’évolution franche du marché, que cela soit à la hausse ou à la baisse. À l’image du salon de l’auto qui n’a pas été à la hauteur de 2018, mais n’était pas vraiment mauvais non plus pour un petit salon.

Peut-on s’attendre à voir décoller les ventes de voitures électriques et autres motorisations propres ?

Jean-Marc Ponteville : Pour les voitures électriques, 2019 est surtout une année de préparation avant un développement accéléré. Nous venons de lancer EDI, une offre comprenant notamment les stations de recharge à domicile et sur le lieu de travail. Cela annonce l’arrivée de nombreux modèles électriques à partir de 2020 : Volkswagen commercialisera les premiers véhicules I.D., des voitures électriques performantes, largement disponibles et accessibles au grand public. Par ailleurs, nous misons aussi sur les moteurs au CNG, aussi flexible que les carburants classiques, mais plus écologique et plus économique. Les stations de recharge restent toutefois encore trop rares, surtout en Wallonie.

Paul-Hervé Polet : Il y a un réel intérêt, beaucoup de questions et même quelques personnes qui préfèrent attendre que la gamme électrique soit plus étoffée. PSA sera prêt en fin d’année pour lancer sa gamme full électrique et hybride. L’impact sur les ventes ne devrait donc pas encore être très marqué en 2019.

En termes de segments, le SUV garde toujours la cote ?

Jean-Marc Ponteville : On constate une vraie demande des consommateurs qui apprécient surtout sa praticité, comme les monovolumes, et son ergonomie grâce à sa position surélevée. Ce besoin de confort se reflète aussi dans le succès des marques premium.

Paul-Hervé Polet : Les SUV ont la cote dans tous les segments B et C chez nous. Les ludospaces sont également plébiscités pour leur praticité. Mais on constate aussi, et surtout au niveau du B2B, que les berlines et les breaks ont encore un bel avenir devant eux.

L’année 2019 sera marquée par des élections européennes, fédérales et régionales. Qu’attendez-vous du monde politique ?

Paul-Hervé Polet : Il est nécessaire que le politique arrête les effets d’annonces. Ils jettent des pavés dans la mare et n’osent ensuite plus changer d’avis même s’il apparaît que leur position n’est pas tenable. On l’a vu avec le diesel qui n’est ni un bon, ni un mauvais carburant, mais qui s’adresse simplement à certains profils de conducteurs. La voiture est incontournable à la mobilité en Belgique et elle ne peut en aucun cas être considérée comme un luxe.

Frank Van Gool : Nous sommes curieux de voir si le budget de mobilité aura du succès et quels seront les choix des employeurs et employés. Nous espérons pouvoir compter sur une stabilité au niveau de la fiscalité en 2019.

Jean-Marc Ponteville : Il est crucial que le politique adopte une vision plus durable de la mobilité, c’est-à-dire à long terme, stable et harmonisée au moins en Belgique, voire à l’échelon européen. Actuellement, on sent bien que l’insécurité juridique et fiscale pèse sur les investissements et donc les ventes. Par ailleurs, le monde politique doit également adopter une vision plus globale alors que la commercialisation de voitures plus sûres et plus autonomes nécessite notamment des réseaux télécoms performants.