Dossier Mobilité

Une rentabilité en berne

06-02-2020

Les médias font régulièrement écho aux multiples raisons qui réduisent la rentabilité du secteur automobile. Les distributeurs de marques agréés n’échappent pas à cette tendance, comme le montre la dernière étude de rentabilité réalisée par TRAXIO.

Pour dresser un tableau objectif de la situation économico-financière des distributeurs de marques agréés belges, TRAXIO a demandé, comme les années précédentes, à IDEA Consult d’étudier l’évolution de leur rentabilité sur les cinq dernières années (2014-2018). Les comptes annuels de 1.796 entreprises distributrices actives ont été passés à la loupe en fonction du segment (voitures de tourisme, véhicules utilitaires légers et lourds, multisegments), de la région et du type de distributeur (agent, concessionnaire ou succursale). 

La tendance à la baisse de 2017 s’est poursuivie dans une large mesure en 2018, menaçant ainsi de réduire à néant la reprise enregistrée en 2015 et 2016 par les distributeurs de marques. À l’exception du ratio de liquidité, tous les autres indicateurs suivis se sont dégradés en 2018. En 2016 déjà, on notait des signes de ralentissement de la croissance par rapport à 2015, année où l’on avait enregistré un bond en avant plus important. 

Marge brute 

En 2018, la marge brute a ainsi diminué partout sauf dans le segment des véhicules utilitaires légers et lourds. La marge brute d’un distributeur de marques moyen a baissé de ce fait pour la deuxième année consécutive, quoique de manière moins importante qu’en 2017 (- 3,3 % en 2018 et - 6,0 % en 2017). Celle-ci a tout de même augmenté de 6 % par rapport à 2014. Sur la période 2013-2017, la marge brute s’est établie en moyenne à 2,6 %, ce qui reste faible par rapport aux autres secteurs de l’économie.

Le distributeur moyen est parvenu à augmenter sa marge brute par rapport à 2014, sauf dans le multisegment. C’est chez le distributeur de véhicules utilitaires légers et lourds que cette augmentation a été la plus marquée, avec une marge brute en hausse de 91 % par rapport à 2014. Ce distributeur affichait également en moyenne la marge brute la plus élevée (3,0 % sur la période 2014-2018) et a connu une augmentation substantielle de sa marge brute en 2018.

Le distributeur moyen de voitures de tourisme a réalisé une marge brute moyenne de 2,6 % et a vu sa marge brute rognée en 2018 (- 5 %). Le distributeur multisegment moyen n’a pas été en mesure de poursuivre la timide reprise de 2017 et a réalisé la marge brute la plus faible des trois segments en 2018, à 2,3 %. 

La diminution de la marge brute en 2018 se reflète également dans la ventilation par région. Elle s’est détériorée dans toutes les régions (- 4 % pour le distributeur flamand moyen et - 2 % pour le distributeur wallon moyen), sauf à Bruxelles. La forte augmentation à Bruxelles est même remarquable (+ 48 %), ce qui explique que la marge brute médiane se situe plus ou moins au niveau de 2016. 

Marge nette 

En baisse également, les marges nettes ont connu une diminution légèrement plus importante de 6 % par rapport à 2017. Les marges nettes médianes, qui prennent également les investissements (amortissements) en compte, se sont établies à un faible taux de 1,5 % en 2018, bien qu’elles soient toujours supérieures de 21 % au taux très bas de 1,3 % en 2014.

En dépit de cette reprise par rapport à 2014, les marges nettes restent faibles comparativement aux distributeurs de marques d’autres pays européens. En termes de marge brute et de marge nette, un distributeur moyen de véhicules utilitaires légers et lourds s’en est mieux sorti qu’un distributeur moyen de voitures de tourisme en 2018 et a été le seul à parvenir à augmenter sa marge cette année-là.

Comme pour la marge brute, c’est le distributeur multimarque moyen qui a connu la plus forte baisse de marge nette en 2018 (- 22 % par rapport à 2017), suivi par le distributeur de voitures de tourisme (- 8 %). Seul le distributeur moyen de véhicules utilitaires légers et lourds a réussi à augmenter sa marge nette de 12 %. Par rapport à 2017, les écarts de marges entre les segments se sont en outre considérablement accrus.

En moyenne, sur la période 2014-2018, le distributeur multisegment a réalisé la marge nette la plus élevée (1,56 %), suivi de très près par le distributeur de voitures de tourisme (1,54 %) et ensuite par le distributeur de véhicules utilitaires légers et lourds (1,37 %). Par rapport à 2014, les marges nettes ont augmenté de quelque 21 % (1,52 % en 2018 contre 1,26 % en 2014). En moyenne, les marges nettes représentent environ 60 % des marges brutes. 

Un agent moyen a réalisé des marges brute et nette supérieures à celles d’un concessionnaire en 2018, mais le concessionnaire a engrangé de meilleurs résultats en termes de marge nette du fait qu’il est parvenu à limiter plus ou moins la perte. La marge nette pour un agent moyen a de nouveau diminué, comme en 2017, de plus de 20 % contre une baisse de « seulement » 5 % pour les concessionnaires. Une succursale moyenne a connu des marges plus faibles sur la période 2014-2018 et a pu se remettre de la baisse en 2017, la ramenant au niveau de 2016. 

Rentabilité nette sur fonds propres 

La rentabilité nette moyenne des capitaux propres (ROE) après impôts des distributeurs de marques s’est elle aussi à nouveau érodée pour atteindre 6,6 % en 2018 contre 7,3% en 2017, et s’est établie à 7,0 % sur la période 2014-2018. La rentabilité nette a tout de même augmenté de 5 % par rapport à 2014.

Seul le distributeur moyen de voitures de tourisme a connu un recul de sa rentabilité nette (- 11 %), contrairement au distributeur moyen de véhicules utilitaires légers et lourds qui a réussi à accroître sensiblement sa rentabilité nette à 9,6 % (+ 38 % par rapport à 2017). Le distributeur multisegment a lui aussi réussi à dégager une plus grande rentabilité nette de ses capitaux propres en 2018 (+ 8 %).

Sur la période 2014-2018, c’est le distributeur moyen de véhicules utilitaires légers et lourds qui a enregistré la rentabilité nette moyenne la plus élevée (7,3 %), suivi par le distributeur de voitures de tourisme (7,0 %). Le distributeur multisegment moyen s’est retrouvé avec une rentabilité nette moyenne de 6,8 % grâce à une belle remontée à partir de 2015.

La plus forte progression de la rentabilité nette par rapport à 2014 concerne le distributeur moyen de véhicules utilitaires légers et lourds (+ 104 %). La rentabilité nette d’un distributeur multisegment moyen de véhicules utilitaires a également fortement augmenté (+ 78 %), tandis que celle du distributeur de voitures de tourisme est restée stable par rapport à 2014. 

Taux d’endettement 

Le taux d’endettement, qui mesure le ratio entre le capital emprunté et l’actif total, a augmenté parallèlement à la baisse des marges et de la rentabilité pour la deuxième année consécutive et se situe maintenant à environ 6 % (soit 4 points) au-delà du niveau de 2014. Le taux d’endettement est passé à 67,9 % en 2018 (contre 66,0 % en 2017), ce qui est un niveau acceptable.

On note une augmentation dans tous les segments, la plus élevée pour le distributeur moyen de voitures de tourisme (+ 7 %), suivi par le distributeur multisegment (+ 3 %). Le taux d’endettement d’un distributeur moyen de véhicules utilitaires légers et lourds est resté pratiquement inchangé. De plus, les écarts entre les segments sont très limités. En moyenne, sur la période 2014-2018, ce sont les distributeurs de véhicules utilitaires légers et lourds qui ont enregistré le taux d’endettement le plus élevé (66,1 %). Les distributeurs de voitures de tourisme et les distributeurs multisegments ont quant à eux atteint un taux d’endettement moyen légèrement inférieur (65,6 % et 65,3 % respectivement). Le niveau du taux d’endettement sur l’ensemble de la période est considéré comme normal. 

Par rapport à 2014, le taux d’endettement a augmenté dans toutes les régions (+ 6 % en Flandre, + 7 % en Wallonie et + 4 % à Bruxelles). Le taux d’endettement moyen par région sur la période 2014-2018 est cependant nettement inférieur en Flandre (63,4 %) que dans les deux autres régions (69,0 % en Wallonie et 72,4 % à Bruxelles). Heureusement, comme en 2016 et 2017, le taux d’endettement du distributeur bruxellois continue de baisser après avoir atteint un niveau financièrement malsain en 2015.

Pour ce qui concerne ce paramètre de l’endettement, soulignons que les agents sont clairement les meilleurs, avec un taux moyen de 60,1 % sur la période 2014-2018 (contre 68,0 % pour les concessionnaires et 69,5 % pour les succursales). En 2018 cependant, le taux d’endettement des agents a fortement augmenté, si bien qu’aujourd’hui, ce sont eux qui enregistrent le taux le plus élevé. Le taux d’endettement des concessionnaires et des succursales a diminué en 2018, et ce type de distributeurs a réussi à réduire son taux d’endettement par rapport à 2014 également. 

Liquidité 

Le seul indicateur à s’être amélioré en 2018 est le ratio de liquidité, qui indique dans quelle mesure l’entreprise est à même de faire face à ses obligations de paiement à court terme. La régression de 2017 est corrigée, et ce critère est maintenant supérieur d’environ 20 % à celui de 2014.

Sur l’ensemble des segments, les liquidités sont passées de 2,03 à 2,16 (+ 6,5 %). Par rapport à 2014, les liquidités se sont également améliorées dans tous les segments (+ 19 % en moyenne), l’amélioration la plus nette ayant été observée chez les distributeurs de véhicules utilitaires légers et lourds qui ont vu leur ratio de liquidité augmenter de 26 %.

Le ratio de liquidité reste largement supérieur à 1 pour l’ensemble de la période, ce qui indique qu’en moyenne, les distributeurs de marques peuvent largement satisfaire à leurs obligations à court terme. Le ratio de liquidité était de 2,03 en moyenne sur la période 2014-2018. Avec un ratio de liquidité moyen de 2,06, le segment des voitures de tourisme est en meilleure situation de liquidité que les distributeurs multisegments (1,86) et que le segment des véhicules utilitaires légers et lourds (1,71). 

Comme pour le taux d’endettement, les distributeurs flamands font mieux que les distributeurs des autres régions, et c’est en 2018 qu’ils ont réussi à augmenter le plus fortement leur ratio de liquidité. Sur la période considérée, un distributeur flamand affichait un ratio de liquidité moyen de 2,14, un distributeur wallon de 1,84 et un distributeur bruxellois de 1,77. Les distributeurs de marques connaissent en moyenne des ratios de liquidité sains, bien supérieurs à 1 dans les trois régions.  

Jours de stock 

Un nouvel indicateur mesure le nombre de jours de stock et vise à sensibiliser plus avant les distributeurs de marques à ce paramètre relativement caché, mais néanmoins important qui, avec le nombre de jours de crédit client et de crédit fournisseur, détermine le capital d’exploitation à financer en nombre de jours. En 2018, le nombre de jours de stock a encore augmenté pour atteindre 72 jours, soit 8 jours de plus qu’en 2016 (+ 11 %).

Sur l’ensemble des segments, le nombre de jours de stock passe de 64 en 2016 à 72 en 2018, ce qui indique que le distributeur de marques doit y consacrer une part plus importante de son capital d’exploitation. C’est chez le distributeur moyen de véhicules utilitaires légers et lourds que l’on enregistre la plus forte croissance (+ 17 %). Le distributeur de voitures de tourisme a également vu le nombre de jours de stock augmenter de 13 %. Seul le distributeur multisegment a su réduire le nombre de jours de stock, bien que ce n’ait été le cas qu’en 2017, car c’est ce segment qui a connu la plus forte augmentation du nombre de jours de stock en 2018 (+ 8 %).

Sur la période 2016-2018, le nombre de jours de stock médian était de 68. Avec 69 jours de stock, le segment des voitures de tourisme est celui qui accapare le plus du capital d’exploitation. Dans les segments des distributeurs multisegments et des distributeurs de véhicules utilitaires légers et lourds, le nombre de jours de stock est respectivement de 57 et 63.

Et par marque… 

Si la rentabilité générale du secteur de la distribution automobile est à nouveau en recul, certaines marques affichent de meilleurs chiffres que d’autres. Il nous a semblé intéressant d’illustrer ces différences. 

En 2018, les marges brutes d’un distributeur moyen KIA et Volvo se démarquent parmi les différentes marques automobiles. Les marges brutes des distributeurs KIA augmentent depuis plusieurs années consécutives tandis que le distributeur Volvo voit sa marge brute à nouveau s’effriter, quoique dans une mesure très limitée en 2018. Pour les autres marques, seule l’entreprise JLR est parvenue à accroître sa marge. Les marques qui ont le plus souffert en termes de marge brute sont Citroën (- 1,1 point), Audi (- 0,8 point) et Peugeot (- 0,6 point). 

En ce qui concerne les véhicules utilitaires légers et lourds, un distributeur Scania moyen s’empare de la tête du classement qui avait systématiquement été occupée par le distributeur MAN les années précédentes. Cela s’explique d’une part par la poursuite de la croissance chez le distributeur Scania (+ 1,3 point) et d’autre part aussi par la forte baisse chez MAN (- 1,6 point). C’est le distributeur moyen des marques IVECO (+ 2,0 points) et Volvo Trucks (+ 1,9 point) qui a affiché la plus forte croissance. Pour les autres marques, la croissance reste limitée à 0,3 point. 

Dans le segment des voitures de tourisme, il n’a pas été possible, pour certaines marques, de donner une vue d’ensemble de leurs marges nettes en raison de l’absence des données nécessaires à une estimation fiable. En 2018, le distributeur moyen des marques Volvo, Renault et Mercedes occupait les trois premières places, bien que seule la marque Renault ait pu augmenter sa marge brute. Les distributeurs des marques Volvo et Mercedes ont vu leur marge nette rognée de 0,2 et 0,8 point respectivement. Parmi les autres grands perdants, on peut citer Audi (- 1,4 point) et Citroën (- 0,9 point). Outre Renault, seules quatre autres marques ont réussi à accroître leur marge nette : JLR et le groupe FCA (+ 0,5 point chacune), ainsi que Toyota et Opel (+ 0,3 point chacune). 

Comme pour la marge brute, on trouve à nouveau Scania et Man en tête des distributeurs de véhicules utilitaires légers et lourds. Volvo Trucks ferme une nouvelle fois le top 3. 

En termes de rendement des capitaux propres, quatre marques réalisent une rentabilité nette supérieure à 10 % : Mercedes, Hyundai, Volvo et BMW-Mini. Les deux premiers ont enregistré la plus forte croissance de la rentabilité nette. Le distributeur moyen de la marque KIA et le distributeur moyen de voiturettes sont ceux qui ont connu la plus forte diminution. En valeur médiane, les marques disposant d’un vaste réseau de concessionnaires (Citroën, Ford et Opel) se situent en bas du classement.

En ce qui concerne les véhicules utilitaires légers et lourds, le distributeur moyen de Fuso sort clairement du lot, avec un rendement des capitaux propres d’environ 30 %. Son faible niveau de fonds propres (qui se traduit par un taux d’endettement élevé plus loin dans le présent rapport) explique en grande partie l’atteinte d’une rentabilité aussi élevée. Les distributeurs des marques Fuso et Scania ont connu la plus forte croissance de la rentabilité nette médiane (hausse de plus de 10 points), les perdants étant Renault Trucks (- 1,7 point) et Mercedes (- 1,0 point).