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Les jeux olympiques du carwash

Une voiture propre se vend mieux qu’un véhicule couvert de taches de doigts, tout garagiste sait cela.  Mais pour rendre à une voiture tout son éclat d’exposition, il vous faut un spécialiste du detailing.  Armé de gants en laine d’agneau, de crèmes exotiques et de beaucoup de patience, il rendra tout son lustre neuf à une voiture.

Un seau d’eau, une éponge et du Dreft.  Et le petit stagiaire qui passe vite fait bien fait sur la carrosserie.  Il existe bel et bien des garages qui pratiquent cette manière de laver une voiture mais heureusement ils se font de plus en plus rares.  Car cette façon de nettoyer une voiture est le meilleur moyen de rayer la carrosserie.  De plus en plus de garagistes (mais aussi des importateurs, des passionnés d’ancêtres et des particuliers) font appel au dénommé detailer.

La meilleure définition du detailing pourrait être “les Jeux Olympiques du carwash”.  Les detailers ne se contentent pas de laver une voiture à l’eau et au savon.  La peinture est méticuleusement polie, lustrée et cirée.  Les plus petites particules de salissures sont enlevées à la brosse à dent, jusque sous le capot s’il le faut.  On shampouine avec les liquides les plus exotiques, les vitres sont nettoyées sans laisser la moindre trace et dotées d’une protection imperméabilisante.  L’argile permet d’éliminer les plus minuscules particules de poussière, une gomme et des produits chimiques spéciaux rendent la peinture résistante aux intempéries.  Ensuite, si nécessaire, on procèdera au scellement de la peinture.  Le caoutchouc des châssis de fenêtre et de portière sont nourris avec de l’huile pour éviter le dessèchement.  Les soins de beauté se poursuivent à l’intérieur de l’habitacle : il existe des dizaines de traitement pour nourrir, nettoyer et protéger le cuir.  Un traitement à la vapeur remettra le véhicule dans son état d’usine.  Des années de salissures, de projection de gravillons, de fumée de cigarette et d’intempéries fondent comme neige au soleil dans les mains expertes du detailer.  Si l’on veut astiquer la voiture jusque dans ses moindres recoins, le traitement peut prendre une semaine, voire 10 jours.

Distinguer le detailing du valeting

« En fait, je n’aime pas être associé à la scène du detailing », affirme Steve Vanhemelryck, de Politec à Hal, un des acteurs les plus connus de notre pays.  « Laissez-moi vous donner un exemple : nous nettoyons le bloc moteur avec une machine à glace carbonique Polarjet. Elle traite des bâtonnets de glace carbonique de trois mm de coupe à -80° et en bombarde le bloc moteur.  Cette machine et son compresseur représentent un investissement entre 8.000 et 15.000 euros.  A ce prix-là, ces machines ne sont plus destinées à un passe-temps. »

« Il convient de bien faire la distinction entre le ‘detailing’et ‘le valeting’ », explique Steve Dejan, l’importateur belge d’Autoglym, une marque britannique de produits de detailing.  « Les valeters sont ces laveurs mobiles qui travaillent généralement pour des garagistes.  Ils peuvent également rendre une voiture très propre mais sans aller aussi loin que les detailers. Le detailing est une niche destinée aux obsédés du détail.  D’ailleurs il n’y a pas de limites dans le monde du detailing.  Rien n’est trop fou pour les detailers. »

Si un garagiste veut gagner sa vie, il doit opter pour le valeting, affirme Steve Dejan.  « La raison en est toute simple : un garagiste tient à ce qu’une voiture soit propre mais sans y consacrer trop de temps et d’argent.  Ces marges ne le lui permettent tout simplement pas.  Le valeting consiste à savonner la voiture avec un seul détergent, bien la rincer et le tour est joué.  Mais pas question de scellement de peinture ou de traitement à l’argile vous savez. »

Cette approche plus simple se traduit bien entendu aussi par le prix. « Confier votre voiture une journée à un detailer va vite chercher dans les 700 euros », affirme Steve Dejan.  « Mais c’est le prix plancher, on peut aller aussi loin qu’on le veut, jusqu’à des milliers d’euros même.  Je ne connais certes pas beaucoup de garagistes prêts à dépenser de telles sommes à cela. »

Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

Pour Christian Dedobbeleer, de Vip Tools à Wilrijk (un importateur de matériel professionnel pour detailers), il convient de nuancer ces propos.  “A l’heure actuelle, certains concessionnaires confient déjà la préparation de leurs voitures à des entreprises spécialisées de detailing”, dit-il.  “D’après moi, on remarque d’ailleurs tout de suite quand une voiture est passée par les mains d’un detailer.  Pour les véhicules d’occasion, c’est une plus-value, la seule chose étant de décider si l’état d’une voiture en vaut vraiment la peine.  Car polir et astiquer une voiture a un prix.”

Ce qui ne facilite pas l’estimation du montant supplémentaire que le detailing rapportera à la vente, explique Christian Dedobbeleer.  “Cela dépend fortement de la voiture.  Imaginons qu’on traite une Ferrari dont la peinture s’est matifiée au fil du temps et présente des griffes, alors oui, le jeu en vaut la chandelle.  De même, donner un coup de jeune à une petite citadine aidera toujours mais la valeur ajoutée sera évidemment plus modeste dans le dernier cas.”

Restons réalistes

On peut aussi se demander si toutes ces techniques exotiques, les shampoings et les machines du detailer offrent une vraie valeur ajoutée.  Ou un simple détergent acheté chez Auto5 est-il aussi efficace ?  Une des dernières tendances du detailing consiste par exemple dans le “scellement de peinture”.  “Il s’agit d’une protection supplémentaire née il y a huit ans environ”, affirme Sven Verschaeren, de chez Meguiar’s Belgique, importateur de la marque américaine de détergents Meguiar’s. “Il s’agit de revêtements à base d’un solvant contenant du dioxyde de silicium, le silex, un composant du quartz.  Il est généralement utilisé au lieu d’un traitement à la cire.  Un traitement coûteux et je constate qu’on promet parfois l’impossible.  Il ne fait aucun doute que ce revêtement protègera votre voiture mais la question n’en demeure pas moins : pour combien de temps ?  Ce qui explique pourquoi il est difficile de garantir le traitement, comme c’est souvent le cas.  En petits caractères dans la garantie, on peut lire que “la voiture ne peut subir aucun traitement ni chimique ni mécanique”.  Ce qui manque totalement de réalisme car cela signifie qu’on ne devrait plus toucher la voiture (rires).”

Christian Dedobbeleer plaide lui aussi pour le réalisme : “Le scellement de la peinture marche, mais il ne faut pas en attendre des miracles”, affirme-t-il.  “Protéger la peinture par un revêtement supplémentaire est efficace par exemple contre les éraflures du lavage, mais sans plus.  Son effet bénéfique fait que les salissures restent moins en suspension sur la laque.  Apposer un film offre une protection plus efficace contre des griffes plus profondes et des impacts de gravillon.”

Des racines américaines

Il faut aller chercher les racines du detailing aux Etats-Unis où, dès les années ’60, les amateurs de belles cylindrées essayaient par tous les moyens de faire étinceler au maximum leur voiture.  Vers les années 2000, la tendance a franchi l’Océan atlantique et depuis notre pays compte des dizaines d’entrepreneurs qui s’y consacrent.  En première instance leurs clients étaient surtout des amateurs de tuning et des propriétaires d’ancêtres. Mais le marché n’a pas tardé à s’agrandir et les garagistes ont vite compris l’utilité du detailing.  Ils font appel aux detailers pour conserver tout leur lustre à leurs modèles d’exposition, pour assurer la propreté des voitures de courtoisie et remettre à neuf les occasions.

  

Photo: Vip tools